Préface

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AVERTISSEMENT.

Le dictionnaire historique de Ladvocat est entièrement épuisé, et quoique ce livre ait vieilli, il  est encore recherché, parce qu’il est écrit dans un bon esprit, et peu volumineux. Notre projet d’abord étoit de le réimprimer avec les augmentations dont il étoit  susceptible; mais ayant reconnu que plusieurs personnages, aujourd’hui oubliés, y tenoient beaucoup trop de place, et que d’autres étoient traités trop succinctement, nous avons jugé convenable de le refondre en entier. Le Dictionnaire de Ladvocat est particulièrement recommandable, parce qu’il présente une espèce d’abrégé d’histoire universelle, dans lequel on trouve, par ordre alphabétique, tout ce qu’il y a de plus important, et ce que l’on voudroit principalement avoir retenu.

C’est un recueil des vies de toutes les personnes illustres ou fameuses dans tous les genres, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, au moyen des additions que nous y avons faites ; on y indique le nom, la qualité, le lieu de la naissance et l’année de la mort de la personne dont on parle; ses principales actions ou emplois, si elle est élevée en dignité; si c’est un écrivain, ses principaux ouvrages, le jugement qu’on doit en porter, et les meilleures éditions qui en ont été faites; si c’est un peintre, un sculpteur, un graveur, un architecte, ses meilleurs tableaux, statues, estampes, bâtimens et les qualités qui les distinguent, etc. Ce livre a de plus l’avantage de se trouver à la portée des facultés de ceux à qui la médiocrité de leur fortune ne permet pas d’acheter les grands Dictionnaires,.ou qui n’ont. pas le temps de les lire, et convient parfaitement aux personnes qui désirent avoir, sous la main, un livre commode et d’un usage facile qui leur rappelle sur-le-champ les principaux faits et les dates de ces faits.

Depuis l’abbé Ladvocat, d’autres dictionnaires plus volumineux ont été publiés d’abord en un petit nombre de volumes; mais leur succès les ont fait augmenter à chaque édition nouvelle, et aujourd’hui ces Dictionnaires sont d’un prix exhorbitant. Indépendamment de ce défaut, le relâchement dans la morale et les principes philosophiques qui se sont glissés partout, se sont introduits dans ces Dictionnaires. L’abbé Feller, il est vrai, en a publié un nouveau rédigé dans d’excellens principes; mais son livre en 8 vol. in-8, est encore d’un prix trop élevé ; nous avons pensé qu’un Dictionnaire écrit dans le même sens, qui se rapprocheroit du premier plan de Ladvocat qui simplifieroit même ce plan, en réunissant en deux petits volumes ce que l’histoire présente de plus intéressant, offriroit quelque avantage pour sa forme, la modicité de son prix et pourroit être d’une grande utilité dans la circonstance présente.

Dans un moment où la philosophie renouvelle ses efforts pour renverser la religion en multipliant les livres impies , les amis des mœurs , de la morale et de l’ordre doivent employer tous les moyens pour s’opposer au torrent qui menace de nous engloutir. Le plus efficace, sans doute, est de faire connoitre les ouvrages qui peuvent corrompre les mœurs et porter le désordre dans les familles. Sans mœurs il n’y a point de religion, et celui qui oublie les principes de sa religion ne conserve pas longtemps des mœurs. Si notre siècle est si dépravé, nous le devons à la profusion des mauvais livres qui inondent la France depuis plus d’un demi-siècle; ce sont eux qui ont perverti la jeunesse, troublé l’harmonie conjugale, soulevé les enfans contre les auteurs de leurs jours, armé les peuples contre l’autorité; pour tout dire, en un mot, ce sont eux qui ont amené la révolution et tous les maux qu’elle a produits, On diroit, en voyant les efforts de ceux qui se prêtent à la multiplication de ces productions abominables, que nous sommes menacés d’une semblable révolution. Tous les hommes qui ont l’esprit droit et le cœur pur sont donc intéressés de les empêcher de pénétrer dans leurs maisons, et pour y parvenir, il .faut les connoitre; ce qui est assez difficile. Dans les ouvrages bibliographiques on y fait à-la-fois l’éloge des ouvrages de Millot et de ceux de Bossuet, comme si ces deux auteurs devoient figurer dans ta nième bibliothèque. Ainsi souvent le père de famille se trouve trompé dans le choix des livres qu’il fait pour ses enfans. Il est trompé d’autant plus faci1ement, que beaucoup d’ouvrages avant la révolution, avoient obtenu une espèce de passe-port par l’approbation de l’autorité ; mais la philosophie, qui étoit alors triomphante, avoit arraché, pour ainsi dire, cette sanction odieuse à des hommes faibles ou corrompus qui n’eurent pas le courage de la refuser, craignant de heurter un parti qui étoit dans toute sa force. Le danger est encore plus grand aujourd’hui; il n’y a plus besoin d’approbation, et les plus mauvais livres circulent librement; quelques-uns même sont indiqués pour l’instruction de la jeunesse. Nous ayons vu et nous voyons tous les jours les tristes effets de ces pernicieuses productions. Instruits par l’expérience, c’est à nous de nous en garantir; c’est aux pères de famille, quelle que soit leur façon de penser, à empêcher ces livres odieux de pénétrer chez eux, s’ils veulent conserver de l’autorité sur leurs enfans. Nous croyons donc leur rendre service en leur donnant un guide, qui leur fera connoître ces ouvrages dangereux, que nous nous sommes plu à démasquer, parce que plusieurs se trouvent dans la bibliothèque de personnes, même de conscience délicate, qui ont été trompées par l’approbation dont ces livres ont été revêtus et la réputation dont ils jouissoient. Quant à ceux qui sont réellement impies, nous n’avons pas osé en donner les titres, de crainte que la curiosité ne l’emporte sur les principes ou la défense. Mais comment les connoître, dira-t-on ? Les auteurs impies sont indiqués pour ce qu’ils sont ; on doit s’abstenir de la lecture de tous leurs ouvrages; et tout livre qui n’est pas indiqué dans ce Dictionnaire doit être suspect ; nous nous sommes appliqués à n’en omettre aucun bon et réellement utile.

Notre respect, notre amour pour la religion nous a engagé à garder aussi le silence sur les romans, dont la lecture ne peut qu’être dangereuse. Indépendamment du temps perdu ils remuent les passions, ils inspirent le goût des plaisirs et dégoûtent presque toujours des devoirs. Insensiblement ils font perdre de vue la religion, et de cet oubli il n’y a qu’un pas à l’athéisme.

Les parents ne sauroient donc être trop sévères sur le choix des livres qu’ils font pour leurs enfans, et ils doivent surveiller qu’ils n’en lisent aucun secrètement. Si les jeunes gens eux-mêmes connoissoient bien tous les dangers des mauvaises lectures, ils ne s’en permettroient aucune sans l’avis d’un directeur sage et éclairé, On s’imagine, parce qu’on a des principes, être à l’abri de la séduction ,et on lit souvent par curiosité et pour connoître un peu de tout. Fatale curiosité ! Elle est ordinairement la perte de l’innocence. Il en est des mauvais livres comme des poisons auxquels on ne peut toucher sans les plus grands dangers. Ceux qui sont obligés de les préparer usent des plus grandes précautions ; encore en sont-ils souvent les victimes; et s’ils n’en prenoient aucune, ils périroient tous. Comment se fait-il qu’on s’expose si légèrement pour une simple curiosité, malgré les funestes exemples qu’on a tous les jours des effets des mauvais livres. Sainte Thérèse fut sur le point d’être pervertie par la lecture des romans ; elle ne dut son salut qu’à un effet de la grâce. Si l’on connoissoit tous les maux qu’ils ont occasionnés, on seront encore plus en garde contr’eux. Que de jeunes gens se sont perdus pour en avoir lu un seul à l’insu de leurs parens ou de leurs maîtres. il a fallu pour cela employer la dissimulation, premier pas qui conduit à tous les crimes.

Si nous nous sommes autant appesantis sur les mauvais livres, c’est. que les maux qu’ils causent sont incalculables : nous aurions voulu pouvoir indiquer tous les ouvrages dangereux ; mais parmi les productions modernes il en est beaucoup sur lesquelles nous nous sommes abstenus de porter un jugement, parce qu’elles ne nous sont pas assez connues; et en fait de livres nouveaux, on ne peut prononcer légèrement, le plus grand nombre étant infecté des erreurs du jour ou de peintures licencieuses.

Notre Dictionnaire, comme nous l’avons l’avons dit plus haut, renferme en abrégé l’histoire universelle, et il indique les meilleurs auteurs et les meilleurs livres en tout genre; il met sur la voie et il présente au lecteur, surtout à. la jeunesse, une ample matière d’instruction et d’étude. C’est en cela seul que nous avons voulu faire consister son mérite. Pour le rendre plus portatif nous nous sommes servis de quelques abréviations faciles à découvrir, dont nous avons donné la table à la tête du Dictionnaire.

On trouvera à la fin du premier volume un Supplément qu’il est nécessaire de consulter, parce que nous y avons mis des additions et des remarques essentielles, et très-importantes. Nous prions instamment nos lecteurs de ne juger absolument aucun article, surtout du tome premier, qu’après avoir consulté ces additions.

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