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Les Vosges

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Epinal

Les Vosges ont donné leur nom au département qu’elles séparent de la haute Alsace et dont elles occupent toute la partie orientale : les monts Faucilles développent leur courbe dans !a région occidentale du territoire et forment le faîte de partage entre le bassin de la mer du Nord et celui de la Méditerranée. Au nord coulent la Meurthe et la Moselle, affluents du Rhin, et la Meuse traverse l’extrémité du département ; au sud naissent la Saône et plusieurs de ses tributaires. Des lambeaux de la Champagne et de la Franche-Comté se sont ajoutés à la Lorraine du sud pour former la circonscription départementale. Le pays est froid, même dans les basses vallées, et le quart de son étendue est recouvert de forêts qui donnent aux diverses communes un revenu de près de 3 millions. Les petites propriétés sont fort nombreuses. L’agriculture et les travaux industriels permettent à la population de se maintenir presque au niveau moyen de celle de la France : c’est par la fabrication du papier et celle des cotonnades que le plus grand nombre d’ouvriers trouvent à gagner leur vie’[1]. A l’angle nord-Est, la haute vallée de la Bruche, sous-affluent du Rhin, a été détachée du département en 1871 et annexée au territoire allemand[2].

Le district occidental des Vosges, arrosé par la Meuse, forme l’arrondissement de Neufchâteau, le moins important de tous, mais le plus célèbre, car c’est là que se trouve, au bord de la Meuse, le village de Domremy-la-Pucelle, où naquit Jeanne Darc, où elle entendit les voix qui lui disaient d’aller délivrer le duché d’Orléans. On y voit sa mai­son, sa chambre, la statue que lui fit élever Louis XI; la contrée tout entière semble lui être consacrée : partout les habitants montrent des bosquets, des arbres, des rochers qu’ils disent avoir été visités par elle. Neufchâteau, où s’élève aussi une statue de Jeanne Darc, est la très-ancienne Noviomagus ; mais à en juger par les débris trouvés dans le sol, la ville gallo-romaine la plus considérable du pays aurait occupé l’emplacement où s’élève aujourd’hui le village de Grand, à 22 kilomètres à l’ouest de Neufchâteau Les restes de son amphithéâtre indiquent un monument aussi vaste que les arènes de Nîmes. Grand est peut-être la station Ad Fines des itinéraires anciens. Soulosse, à 7 kilomètres au nord de Neufchâteau, était Solimariaca on y a trouvé aussi beaucoup d’antiquités romaines[3]. L’industrie du pays est principalement celle des limes, des clous, des outils ; à Bulgnéville, au sud-est de Neufchâteau, on s’occupe surtout de la fabrication des chaussures grossières.

Mirecourt, chef-lieu d’arrondissement plus commerçant que Neufchâteau, est dans le bassin de la Moselle, sur le Madon ; cette ville a des tanneries et de nombreux ateliers où l’on fabrique des violons, des orgues et d’autres instruments de musique; dans le district environnant, des milliers d’ouvrières sont occupées à faire des dentelles. Les sources minérales de Contrexéville, utilisées depuis le milieu du dix-huitième siècle et de plus en plus visitées, jaillissent au sud-ouest de Mirecourt, dans la vallée du Vair, tributaire de la Meuse. Vittel, non loin de Contrexéville, a des fontaines minérales d’une égale vertu, quoique moins fréquentées. La région qui s’étend au sud de Vittel et qui forme le faîte de partagé entre le versant rhénan et la haute vallée de la Saône, est remarquable par ses bois de chênes, restes d’antiques forêts. Des verreries, des forges, des usines où l’on fabrique des couverts en fer battu, sont les établissements industriels de cette région des Faucilles.

La Moselle arrose les deux arrondissements de Remiremont et d’Épinal. Tout près de sa source, qui jaillit à 1 kilomètre de la frontière, au nord du Ballon d’Alsace, elle passe à Bussang, célèbre par ses eaux gazeuses, dont les propriétaires expédient plus de 400,000 bouteilles par an, puis elle baigne les prairies et les champs des bourgs industriels de Saint-Maurice, du Tillot, de Rupt, avant de s’unir à la Moselotte. Cette rivière, qui parcourt une des vallées les plus pittoresques des Vosges, est très peuplée, comme celle de la haute Moselle, et ses communes sont fort industrieuses. La plus élevée d’entre elles, la Bresse, fabrique des objets en bois, des fromages, du beurre, et la Moselotte y fait mouvoir quelques filatures : c’est à la Bresse que deux pêcheurs, Gehin et Remy, ont fait en France les premières tentatives de pisciculture, point de départ d’une utile industrie et des observations les plus curieuses. En aval de la Bresse se succèdent les bourgs de Cornimont, de Saulxures, de Vagney, dont les habitants s’occupent surtout de la filature du coton.

Remiremont, situé en aval de la plaine verdoyante où s’unissent les hauts affluents de la Moselle, est le marché où viennent s’approvisionner les montagnards: un chapitre de chanoinesses nobles, relevant de l’empereur d’Allemagne au temporel, et du pape au spirituel, possédait autrefois toute la contrée environnante, et même à la veille de la Révolution française, les dames chanoinesses, devenues libres de se marier et de résider loin de l’abbaye, disposaient d’un pouvoir considérable. La maison abbatiale, grand édifice du dix-huitième siècle, abrite maintenant la mairie, le tribunal, la bibliothèque, et l’une des maisons « canoniales » a été changée en sous-préfecture. Remiremont est une des villes de France autour desquelles on peut faire des promenades charmantes: eaux rapides et claires, cascades veinées d’écume, prairies alternant avec les vergers et les bois, fraîches vallées, coteaux gracieux et roches abruptes, blocs glaciaires couverts de mousse, voilà ce que montrent tous les paysages des alentours. Les plus célébrés sont ceux de la vallée d’Hérival, çà et là noire de sapins, et du Val d’Ajol, tout parsemé de nombreux hameaux industriels formant une seule commune dont Laître est le groupe principal. Le Val d’Ajol est connu par ses distilleries de kirsch.

Du reste, cette contrée est souvent visitée par les étrangers, grâce au voisinage de Plombières. Ancienne propriété des dames chanoinesses de Remiremont, ce bourg thermal est une longue rue d’hôtels bâtie au sud du faîte du partage, dans l’étroite vallée de l’Augronne, à laquelle de nombreuses sources froides, tièdes, chaudes, jaillissant en abondance du granit, apportent une masse liquide de près de 1,000 mètres cubes par jour. Les Romains fondèrent une station thermale dans ce ravin, ainsi que le prouvent d’anciennes substructions et des conduites de béton partiellement obstruées par les concrétions de zéolithes qui s’y sont formées pendant le cours des siècles et qui ont mis M. Daubrée sur la voie de découvertes importantes en géologie. Les eaux redevinrent célèbres au moyen âge, et de nos jours elles rivalisent de réputation avec les plus connues de l’Europe. A l’ouest de Plombières, le village de Bains2 situé également dans le bassin de la Saône, mais dans l’arrondissement d’Epinal, possède onze sources ayant les mêmes vertus que celles de Plombières, et dans les forêts voisines sourdent d’autres fontaines, non encore utilisées, qui ont aussi des propriétés médicinales, à en juger par leur saveur. Plombières, Bains et les bourgs de Xertigny et de Fontenoy-le-Château, situés dans la même région des Vosges, s’occupent aussi de travaux métallurgiques on y fabrique des clous, des cuillers et des fourchettes en fer battu, des outils de toute espèce; enfin les broderies dites « de Paris » y emploient un grand nombre d’ouvrières, qui copient les dessins envoyés directement du quartier Montmartre. Cette industrie et la fabrication des clous ont relevé peu à peu Fontenoy-le-Château, jadis cité considérable, puis vaste ruine, à la suite des guerres du dix-septième siècle.

En aval de Remiremont, la Moselle, après avoir reçu la Vologne et fait mouvoir les usines d’Arches et d’Archettes, se recourbe vers le nord, et, sortie désormais de la région des montagnes, entre dans la Lorraine proprement dite. C’est là que se trouve Epinal, le chef-lieu du département. La rivière s’y divise en deux bras, en sorte que la ville se compose de trois quartiers distincts réunis par des ponts; la colline qui portait l’ancien château fort est recouverte maintenant par les beaux massifs d’un parc. Epinal possède un musée de tableaux et des collections d’autant plus intéressantes qu’on peut en Plan d'Épinal étudier dans les environs le lieu de provenance : ce sont des galeries de géologie, d’histoire naturelle et d’archéologie; la plupart des objets préhistoriques et gallo-romains qui ont été découverts dans les fouilles du département ont été déposés au musée d’ÉpinaI. La ville avait déjà quelque industrie, lorsque, à la suite de la guerre, des manufacturiers émigrés d’Alsace sont venus y construire des filatures et des fabriques. Épinal est célèbre surtout par ses images grossièrement enluminées qu’on voit dans les auberges et dans les maisons de paysans, non-seulement en France, mais dans tous les pays voisins et jusqu’aux extrémités du monde. Dans les siècles à venir, une collection complète des images d’ÉpinaI sera l’un des plus précieux documents pour l’étude du goût populaire au dix-neuvième siècle. Toutefois la contrée peut intéresser aussi pour l’histoire des arts c’est à Chamagne, près de l’endroit où la Moselle sort du département des Vosges, que naquit, en 1600, Claude Gelée dit le Lorrain. Sa maison subsiste encore.

La vallée de la Mortagne, appartenant au bassin de la Meurthe, n’a qu’une seule ville dans toute son  étendue, l’ancienne Rambervillers, entourée de fabriques et de houblonnières. La vallée de la Meurthe est beaucoup plus importante là se trouve Saint-Dié, chef. lieu d’arrondissement et la commune la plus peuplée des Vosges. Elle occupe un bassin très pittoresque de prairies et de bois, à l’issue de plusieurs hautes vallées qui la font communiquer avec l’Alsace; mais le chemin de fer s’arrête à Saint-Dié et ne rejoint pas encore le réseau des lignes rhénanes à Sainte-Marie-aux-Mines. Ancienne ville abbatiale, Saint-Dié a gardé de ses édifices religieux du moyen âge une petite église romane, que l’on croit du neuvième siècle, et un cloître ogival qui réunit cette église à la cathédrale cet édifice lui-même a des parties romanes. L’industrie de Saint-fié est fort active elle comprend des filatures de coton, des fabriques de tapis, des forges, des papeteries et de nombreuses scieries, qui débitent les bois des Vosges. Mais l’industrie du bois a pour cbef-lieu principal le bourg de Gérardmer et les nombreux hameaux de son canton, épars au bord des torrents dans les pâturages et les forêts de la haute Vologne: on y tourne le bois de hêtre et de sapin en mille objets divers et surtout en ustensiles de ménage. Presque chaque habitation de Gérardmer possède un métier pour le tissage des toiles de chanvre ou de lin. Enfin, les fromages de Gérardmer, dits « géromés » à Paris, sont renommés dans toute la France. Des communes industrielles importantes se trouvent aussi dans la haute vallée de la Meurthe, sur la route de Colmar par la Poutroye les principales sont Fraize et Plainfaing.

En aval de Saint-Dié, la seule ville du département située sur la Meurthe est Raon-l’Étape, ainsi nommée de sa position entre Lunéville et Saint-Dié. Son faubourg de Neuveville, bâti sur la rive gauche, est une commune à part. Raon-l’Étape est le siége principal d’une industrie nouvelle, celle de la fabrication du papier de bois de tremble; ce bois est la seule des essences françaises qui se travaille non mélangée et dont la pâte ressemble à celle des chiffons. On évalue à plus de 3 millions de francs le produit annuel de. cette industrie, spéciale au département des Vosges.

Le Rabodeau. qui rejoint la Meurthe à Étival, au-dessus de Raon-l’Étape, parcourt une charmante vallée où se trouvent les deux bourgs, jadis abbatiaux, de Senones et de Moyenmoûtier. Le « moûtier » qui donna son nom à cette dernière commune a été changé en filature, de même que le château seigneurial des princes de Salm, qui résidaient à Senones. Dom Calmet, bien connu par ses volumineux ouvrages de théologie et d’histoire, était abbé de Senones, et c’est dans une visite faite à cet abbé que Voltaire recueillit en partie les éléments de son Essai sur les mœurs[4].

[1] Industrie du papier en 1875                                 49,170 quintaux métriques; valeur, 3,933,000 fr.

                         » du cotons                         429,000 broches, 15,280 métiers mécan., 1,000 métiers à bras.

[2] Superficie de» Vosges.                                Population en 1872.                                Population kilométrique.

5,862 kilomètres carrés.                                             595,100 habitants.                                               67 habitants.

[3]Ragon, Réunion à la Sorbonne des Sociétés savantes des départements, 51 mars 1875 ; — Ernest Desjardins, Notes manuscrites.

[4] Communes les plus importantes des Vosges eu 1872

Saint-Dié

12,300 hab

Raon-l’Étape (avec Neuveville)

5,000 hab

Épinal

11,850     »

Plainfaing

4,200       »

Le Val d’Ajol (Laître)

7,000       »

Rupt

4,150       »

Remiremont

6,500       »

Cornimont

4,050      

Gérardmer

6,400

Xertigny

3,860       »

Mirecourt

5,500       »

La Bresse

3,840       »

Rambervillers

5,500       »

Neufchâteau

3,800       »

  

 

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