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III Population

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III

 Population

Les Ardennes et les Vosges ont eu, dans l’histoire de la France, une importance considérable : elles ont fréquemment arrêté les invasions, ou du moins en ont diminué la force en les obligeant à faire de longs détours. Les Ardennes surtout étaient un boulevard de défense, non-seulement à cause de leur masse, de leur largeur, des vallées profondes qui s’y ouvrent comme des abîmes, mais bien plus encore à cause du manque d’habitants et de culture : nulle armée ne pouvait s’aventurer en de pareilles régions. Les chemins de l’invasion sont tracés, à l’est de l’Ardenne, par la vallée de la Moselle, à l’ouest par celle de l’Oise et par les plaines de la Flandre. Les Vosges, quoique moins fortes que le massif ardennais comme barrière stratégique, étaient cependant un très-sérieux obstacle à la marche des armées, et celles-ci devaient passer soit au sud par la trouée de Belfort, entre les Vosges et le Jura, soit au nord par la dépression de Saverne.

Mais l’importance militaire du massif de l’Ardenne et de la chaîne des Vosges est minime en comparaison de leur importance ethnologique. Pendant les guerres, les armées se heurtent et s’écrasent; elles ravagent le sol, brûlent les demeures humaines, exterminent çà et là les habitants, mais il est rare quelles déplacent les populations et modifient foncièrement les races: c’est pendant la paix que se font les grandes et durables invasions, soit par la prépondérance politique, agricole, industrielle ou commerciale de l’une ou l’autre des deux races limitrophes, soit par la plus grande fécondité de ses familles. Or, quoi qu’on ait dit souvent, les populations du Réthelois, du Verdunois, du Barrois, de la haute Lorraine n’ont jamais été germanisées: l’Ardenne et les Vosges ont empêché le mélange des races; seulement au nord, des immigrants de souche allemande se sont établis d’une manière permanente, grâce à la brèche que leur offrait la vallée de la Moselle. La limite des langues coïncide en cet endroit avec celle des races.

Malgré son nom allemand, la Lorraine, ou pays de Lothaire, ainsi désigné d’après le petit-fils de Charlemagne, est donc un pays non moins français que l’Ile-de-France, dont l’appellation est également germanique. Aussi loin qu’on remonte vers le passé dans l’étude des archives, on constate que les habitants de la Lorraine française parlaient un idiome d’origine latine, qui, réduit à l’état de patois, disparaît de jour en jour devant la langue policée. Physiquement, les Lorrains se distinguent des hommes de race allemande par leur tête courte et presque ronde; ils n’en diffèrent pas moins par la tournure naturelle de heur esprit : froids, réfléchis, ordonnés, calculateurs, ils n’ont rien du mysticisme de leurs voisins les Souabes : ceux-ci les ont toujours qualifiés de « Welches », nom qui n’est antre que celui des «  Gaulois[1] ».

[1] Godron, Origines des populations lorraines, Annales des voyages, mai 1868.

 

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