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Les origines

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LE DÉPARTEMENT DE LA MEURTHE,

STATISTIQUE HISTORIQUE ET ADMINISTRATIVE.

HISTOIRE.

Avant que les légions romaines fussent venues porter leurs aigles victorieuses dans nos contrées, le pays que nous occupons était peuplé par un mélange de Celtes, ses premiers habitants, et par des races germaines qui s’y étaient établies à des époques très reculées. Selon certains historiens, le berceau des Celtes fut en Orient; selon d’autres, dans les climats glacés du Nord. Mais aucune preuve ne confirme l’authenticité de ces deux origines, et il semble plus simple à la fois et plus rationnel d’admettre, d’après l’opinion répandue chez ce peuple, que son existence en Europe, comme nation, date du jour où ses conditions de vitalité s’y présentèrent. Les Gaules étaient divisées en trois grandes parties: l’Aquitaine, la Celtique et la Belgique. C’est dans cette dernière, limitée à l’est et au nord par le cours inférieur du Rhin, et qui s’étendait, au nord-ouest, jusqu’à l’Océan britannique, qu’était comprise notre portion de territoire. Les Belges, formés en partie, comme nous venons de le dire, de peuplades germaniques, et qui, pour ce motif, prétendaient avoir une origine commune avec elles, passaient pour le peuple le plus vaillant des Gaules. Ils devaient cette supériorité à leur éloignement de la province romaine, dont ils n’avaient pu contracter les habitudes de luxe, et à leurs luttes continuelles avec les tribus germaines de l’autre rive du Rhin.

Les Belges n’avaient d’autre occupation que la chasse et la guerre, et ne vivaient, ordinairement, que de lait, de chair et de fromage. Ils n’avaient point de villes, et il ne leur était pas même permis de réunir ensemble un certain nombre d’habitations; leurs demeures, fermées d’un vaste enclos qui les séparait les unes des autres, s’élevaient, çà et là, au milieu d’un champ, près d’un bois, sur le bord d’une fontaine ou d’un ruisseau. Les terres étaient partagées annuellement, afin que l’amour de la propriété ne pût s’emparer de leurs possesseurs, faire naître en eux l’avarice et les détourner des exercices militaires. Ils appelaient cité un pays ou un canton. En temps de guerre, chaque cité élisait un magistrat qui avait droit de vie et de mort sur ceux qui l’avaient nommé. En temps de paix, le chef de chaque canton rendait la justice à ceux qui étaient sous sa dépendance, et terminait leurs différends... Nous nous bornerons à ces quelques traits consignés dans les Commentaires de César, le conquérant et l’historien des Gaules.

Les habitants de la Belgique adoraient assez généralement cinq divinités principales Teuth ou Teutath, le père du peuple; Hésus ou Esus, à qui le chêne était consacré; Bélen, le soleil, qu’on invoquait dans les maladies Kamulus, le dieu de la guerre; Nehalen ou Ardoïna, la lune, qui présidait aux fontaines et aux lacs. Outre ces divinités supérieures, les Gaulois en admettaient un grand nombre d’autres, dont l’importance était locale, et dont les attributions nous sont à peu près inconnues.

Tout ce qui concernait le culte des dieux était confié aux Druides qui, en outre, dirigeaient l’instruction publique et exerçaient la médecine. Les forêts immenses qui couvraient notre sol abritaient leurs mystères : c’était là qu’ils cueillaient le gui sacré et offraient à leurs divinités barbares d’épouvantables hécatombes.

Mais les peuplades d’origine germanique n’admettaient point de prêtres et n’avaient pas les mêmes dieux : elles ne mettaient au nombre de leurs divinités que celles qui leur étaient visibles le soleil : Vulcain, ou le feu; la lune; Isis ou Herta, la terre.

Ainsi, dès les temps les plus reculés, deux peuples, de race distincte, foulaient, en même temps, le sol que nous foulons aujourd’hui : les Celtes habitants indigènes, et des Germains, venus sans doute pour chercher un climat plus doux que celui sous lequel ils vivaient, ou poussés par le besoin de combattre, qui était une sorte d’instinct chez ces hordes barbares.

Tels furent donc nos ancêtres, tels ils étaient lorsque César parut dans les Gaules.

A l’approche des légions, des peuplades jusqu’alors inconnues s’élevèrent pour leur résister ou faire cause commune avec elles. Parmi celles qui se rangèrent sous les enseignes romaines, furent les Médiomatriciens, ayant Metz (Divodurum) pour capitale; les Leukes ou Leucquois (Toulois), dont les possessions suivaient le cours de la Meuse, de la Moselle et de la Seille. Leur principale ville était Toul, cité déjà importante, et qui allait devenir comme la métropole du christianisme dans nos contrées.

Le premier exploit de César, après avoir vaincu les Helvétiens qui menaçaient de s’emparer de la Gaule, fut sa victoire sur Arioviste (an 58 avant notre ère), chef de peuplades suèves, allié d’abord, puis oppresseur des Séquaniens et des Arvernes qui l’avaient appelé à leur secours. Dans les rangs de l’armée d’Arioviste était un peuple dont le nom parait pour la première fois à cette époque dans l’histoire, et qui a laissé trop de souvenirs et de monuments sur une partie de notre sol pour que nous puissions nous dispenser d’en parler ici. Les Triboques avaient quitté, depuis un temps immémorial, les vastes plaines qui s’étendent de la mer Baltique au Danube, pour venir s’établir sur les terres des Médiomatriciens. C’est chez ce peuple qu’ils trouvèrent un asile après leur défaite par les légions romaines. Il parait, car on n’a rien de précis à cet égard, que les limites de leur pays s’étendaient le long du Rhin, depuis Seltz (Saletis) jusqu’à Schélestadt. Près de cette dernière ville on voyait encore, au commencement du siècle dernier, les restes d’un grand fossé qui formait probablement la ligne de démarcation entre la Gaule Belgique et la Celtique. Cette ligne partait des bords du Rhin et se dirigeait vers les Vosges.

La religion de ce peuple offre encore des caractères qui la distinguent de celle des Germains et des Celtes. Si les Triboques de la plaine, en raison d’un contact continuel avec leurs vainqueurs, modifièrent leur culte, il n’en fut pas de même pour ceux qui habitaient la montagne; ces derniers restèrent fidèlement attachés à leurs anciennes croyances. Ainsi les monuments trouvés dans le pays de Dabo semblent attester qu’ils accordèrent les honneurs divins à des hommes qui s’étaient distingués pendant leur vie, soit par une haute piété, soit par de grands services rendus à la patrie, et qu’ils leur élevèrent des temples ou des enceintes sacrées ([1]).

Au temps de la domination romaine, la première Belgique, renfermant le pays que nous habitons, se divisait en plusieurs grandes cités ou provinces, parmi lesquelles celles des Médiomatriciens et des Leukes. Ces provinces se subdivisaient, à leur tour, en cantons ou pagi, dont les noms ne paraissent pas avoir différé beaucoup de ceux que ces mêmes cantons portèrent dans le moyen-âge. On comptait, dans la province des Médiomatriciens : le pays de Mosellane ou canton mosellanique, qui s’étendait depuis la source jusqu’à l’embouchure de la Moselle; le Scarponois, dont la capitale était Scarpone (Serpanne ou Charpagne), position florissante sur là Moselle; ce canton était compris entre le pays Toulois, le pays Messin, la Voivre et le Salins. Rosières-en-Haye, Marbache, Belleville, Norroy, Vendières, etc., en faisaient partie; le pays de Salins, Saunois ou Salaunois, était arrosé par la Seille (Salia); le pays de Nide était baigné par la Nied-Française et par la Nied-Allemande; le Sargau, par la Sarre; l’Albechove, petit canton enclavé dans le Sargau, avait Blâmont pour capitale; la Voivre (Vebra ou Vepra), était très étendue et comprenait plusieurs pays renfermés depuis dans les diocèses de Metz, Toul et Verdun; le Carmé s’étendait depuis Bouconville, où le Math prend sa source, jusqu’à l’embouchure de ce ruisseau dans la Moselle; ce canton était enclavé dans la Voivre, qui, avec le Scarponois, faisait partie du diocèse de Verdun.

Le pays des Leukes, dont les habitants, dit Lukain, étaient habiles à lancer des dards, avait Toul pour capitale, et possédait un grand nombre de terres embrassant le pays qui forma plus tard le diocèse de Toul. Cette province, de même que celle des Médiomatriciens, était partagée en plusieurs cantons ou districts: le Chaumontois (Calvomontensis pagus) comprenait une portion considérable de la Lorraine, les Vosges, avec les comtés de Blâmont et de Salm, et s’étendait jusqu’à l’embouchure de la Meurthe dans la Moselle à Frouard. Les comtés du Chaumontois, se rendirent célèbres dans l’histoire, mais ce canton ne comptait alors aucune ville importante. A l’exception d’un petit nombre de bourgades, de quelques établissements agricoles formés près des rivières, comme Pompania-Villa (Pompey), Campaniola (Champigneulles) ; Porcherii Curtis (Pixerécourt), etc.; à l’exception de quelques temples et de quelques stations militaires, tout le reste, n’était que solitudes profondes, terres désertes et marais. C’est dans ce pagus que s’éleva plus tard Nancy. Dans le Chaumontois était encore le Saintois (Sengentensis ou Segontensis pagus), qui comprenait le pays de Vaudémont, et était situé entre le Chaumontois et le  Toulois ; enfin le Barrois, qui porta tour à tour le titre de duché, de comté, puis de duché.

Telles sont les plus anciennes divisions territoriales auxquelles il soit possible de remonter; toutes nos communes, toutes nos localités étaient comprises dans ces divers pays. Nous devons néanmoins, pour compléter cette description, mentionner encore l’Ornois (Odornensis pagus)  qui se glorifiait de la ville de Gran et de celle de Nasium; le Soulossois (Solossensis  pagus), où se trouvait, entr’autres villes , celle de Solimariaca (Soulosse).

Nos ancêtres, devenus les alliés et les auxiliaires des Romains, adoptèrent promptement leurs mœurs et leur politique. La religion seule se maintint longtemps encore dans sa forme primitive, et les Druides conservèrent toujours, principalement sur les classes inférieures du peuple, l’influence presque surnaturelle qu’ils avaient acquise. On leur interdit, il est vrai, les sacrifices humains, mais les autres pratiques de leur culte demeurèrent les mêmes. Néanmoins, ils finirent peu à peu par modifier leur religion, et, d’accord avec les prêtres de Rome sur la similitude de principes de leurs dieux réciproques, ils consentirent à adorer leurs anciennes divinités sous les traits de celles qu’adorait le polythéisme romain ([2]).

Dans un intervalle de quatre siècles, on voit changer entièrement l’aspect de notre pays. Toul, Scarpone,  Decem-Pagi (Tarquinpol), Sarrebourg (Pons Saravi), réunissent dans leurs murs une population nombreuse et commerçante ; des monuments gigantesques s’élèvent de toutes parts; des voies romaines sillonnent le pays  et des camps en protégent le territoire.

Les campagnes, néanmoins, étaient loin d’offrir l’aspect animé qu’elles présentent aujourd’hui. On n’y voyait pas des habitations groupées les unes contre les autres et formant ces villages que nous rencontrons maintenant, pour ainsi dire, à chaque pas. Les champs étaient abandonnés aux esclaves et aux colons qu’on réunissait pour la culture dans de vastes métairies presque toujours isolées; on leur abandonnait une partie de la récolte des terres, à charge par eux de conduire le reste au vicus voisin. Cependant les rives de la Seille étaient couvertes d’habitants, attirés moins encore par la richesse et la fertilité du sol, que par les sources d’eau salée qui en jaillissent de toute part. On ne voyait, hors des villes, mais près de leurs murs, que quelques villa appartenant à de riches propriétaires, de qui elles prenaient leur nom ([3]). Le sommet des montagnes, là du moins où ne se trouvait pas de station militaire ou de camp fortifié, était couronné par des forêts impénétrables, presque toutes consacrées aux dieux.

Ainsi que nous l’avons dit, des voies romaines traversaient la province en sens divers et la mettaient en communication avec les principales villes de l’empire. Nous mentionnerons seulement celles qui existaient dans la portion de territoire que nous occupons. La première, partant de Reims, passait par Toul et par Scarpone. De cette dernière ville, elle se rendait à Metz en faisant quelques coudes, pour suivre les éminences du terrain et éviter l’inconvénient des débordements de la Moselle. D’intervalle en intervalle on avait placé, sur toute sa longueur, suivant un usage généralement pratiqué par les Romains, des pierres qui servaient aux piétons pour se reposer ou aux cavaliers pour monter à cheval.

« Outre cette grande voie militaire, dit M. Beaulieu, trois autres fort importantes, mais dont les itinéraires ne font pas mention aboutissaient encore à Scarpone.

» La première venait d’Argentoratum (Strasbourg), en passant par Decem-Pagi (Tarquinpol) et Marsal. Là elle se divisait en deux branches, dont l’une allait à Metz par Ad Duodecimum (Delme); l’autre se dirigeait à peu près en droite ligne sur Scarpone en traversant les territoires de Manhoué, Moivrons, Sivry et Ville-au-Val.

« La seconde voie, dont on trouve les premières traces à Autrepierre (Altera Petra) , près de Blâmont, passait à Léomont, suivait le sommet des coteaux jusqu’à Varangéville, passait sur les bans de Lenoncourt et de Cercueil, où elle est très-apparente et porte encore aujourd’hui le nom de Chemin des Romains, et, tournant la colline ainsi que le camp romain de Dommartemont, suivait probablement les rives de la Meurthe et de la Moselle jusqu’à Scarpone.

» La troisième voie partait de la station romaine du mont Hiéraple, si célèbre par les nombreuses antiquités qu’on y a trouvées. Elle coupait à angle droit une grande voie-militaire qui allait de Strasbourg à Metz, puis, franchissait la Seille entre les villages de Port et de Clémery, elle entrait dans Scarpone.

» Toutes ces routes, qui n’étaient pas classées parmi celles plus importantes qu’on nommait viae militares, ne servaient guère qu’à faciliter les relations de commerce et les rapports d’un lieu à un autre, et répondaient à celles qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de chemins de grande communication. Toutefois elles étaient construites, comme tous les ouvrages de cette époque, avec un soin particulier, et leur solidité est remarquable ainsi qu’on peut en juger par les parties qui sent conservées intactes dans tous les lieux boisés que ces voies traversaient.»

Des officiers, appelés quartumviri viarum curandarum, parce qu’ils étaient ordinairement au nombre de quatre, étaient préposés à l’entretien des chemins publics.

« Durant la période qui s’écoula du III°e à la fin du V° siècle, les Gaulois virent s’élever cette multitude de camps fortifiés qui couronnent irrégulièrement les crêtes des montagnes, et dont la Lorraine surtout possède encore un grand nombre   Ce fut lorsque le Rhin et la chaîne des Vosges n’étaient plus que d’impuissantes barrières contre les Germains; ce fut quand ces barbares se répandaient dans les Gaules comme un torrent dévastateur, et ne retournaient chez eux que pour y mettre en sûreté leur butin et revenir encore désoler ce malheureux pays, que l’on songea à diminuer l’étendue du mal qu’on ne pouvait empêcher. Alors les gorges des montagnes furent occupées par de petits forts, on entoura les villes de murailles flanquées de tours; on fortifia les passages des rivières, et les sinuosités des vallées furent observées par des camps à demeure placés sur les hauteurs. Lorsque, du sommet des remparts, on découvrait au loin l’ennemi, le peuple des campagnes, sur un signal donné, fuyait dans les bois ou se retirait, avec son mobilier et ses troupeaux, dans des enceintes entourées de fossés, qui pouvaient être défendues par un petit nombre de soldats. Dans ces camps si nombreux, échelonnés près des frontières, les Romains pouvaient trouver un refuge en cas de défaites, et y déposer des vivres et des munitions de guerre ; de là ils pouvaient aussi tomber sur les barbares indisciplinés, quand ils retournaient chez eux chargés de butin. »

Malgré leur force et le prestige de leur puissance, les Romains ne demeurèrent pas paisibles possesseurs du pays qu’ils avaient conquis. Dès l’an 366, les Germains, traversant le Rhin sur la glace, se répandirent tout-à-coup dans les Gaules. Après avoir vaincu Cariéton, qui gouvernait les deux Germanies, ils suivirent la voie de Decem-Pagi et se présentèrent devant Scarpone. Jovinus, général romain, courut au devant d’eux, les surprit et les tailla en pièces non loin de Pont-à-Mousson. Mais cette victoire ne fit que prolonger l’agonie de la domination romaine dans nos contrées. En 451, Attila envahit les Gaules à la tête d’une armée formidable, que quelques historiens font monter jusqu’à cinq cent mille hommes. Après avoir ruiné Worms, Mayence et Trêves, les flots de barbares qu’il traînait à sa suite, vinrent fondre sur notre pays et engloutir la grande capitale des Médiomatriciens.

C’est à cette époque que s’arrête la première période de notre histoire, que nous appellerons période gallo-romaine. Notre province perdit tout d’un coup les monuments qu’avait élevés la main puissante de ses dominateurs. Ces édifices grandioses qui avaient étonné les regards des Celtes et des Germains, nos ancêtres, croulèrent sous le fer ou le feu des barbares, et peu s’en fallut que la civilisation, oeuvre du peuple roi, ne périt tout entière dans cet immense naufrage.

[1] Voir pour plus de détails, les savantes Recherches historiques et archéologiques sur le comté de Dachsbourg, par M. Beaulieu.

[2] Quelques-unes des pratiques religieuses du druidisme ne sont pas même entièrement éteintes dans notre pays, car, naguère encore, en quelques lieux de la Lorraine on révérait les chênes sacrés, ou allait allumer des feux, la nuit, au pied des menhirs, on les oignait d’huile et ou les entourait de guirlandes à certains jours de l’année. (M. Beaulieu  Archéologie de la Lorraine.)

[3] Luciacus (Lucey, de Lucus), Tïtiliacum (Thuilley-aux-Groseilles, de Titius), etc.

 

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