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Haut Moyen-Age

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Mais heureusement que, vers le milieu du IVe siècle, une autre civilisation avait commencé à s’élever à côté de la civilisation romaine: dès 365, la religion chrétienne avait été prêchée dans la capitale des Leukes, et déjà des martyrs avaient scellé de leur sang les fondements de l’édifice de la foi nouvelle ([1]).

Le V° siècle, époque où commence la seconde période, que nous désignerons sous le nom de franke ou austrasienne, le V° siècle, disons-nous, devait voir disparaître entièrement la domination romaine dans nos contrées. Déjà, à plusieurs reprises, depuis l’an 240, certaines tribus frankes avaient fait des incursions dans la Belgique, puis en étaient sorties chargées de butin. Mais, après la grande invasion des hordes d’Attila, à laquelle elles n’avaient point pris part, leur nombre s’étant accru, quelques-unes avaient pénétré plus avant dans le pays et s’y étaient fixées, lorsque Clovis vint en achever la conquête. Ce dernier envahissement fut, sans doute, comme dans le reste des Gaules, accompagné de cruelles dévastations : les campagnes furent ravagées, les villages détruits, et les derniers monuments romains échappés au fer des barbares tombèrent sous le marteau des Franks.

L’affermissement de la conquête fut suivi du partage des terres entre les vainqueurs: il est probable que les Franks, à l’imitation des Wisi-Goths et des Buhr-Gondes, enlevèrent aux Gallo-Romains les deux tiers environ de leurs possessions territoriales, et attachèrent les habitants des campagnes à la glèbe. Les chefs, se trouvant à la tête d’une troupe de guerriers qui leur étaient dévoués, s’emparèrent, à leur, convenance, des champs, des prés, des bois, dont ils jouirent en franc-alleu([2]). Quant aux Franks d’un rang inférieur, les uns continuèrent, sous. le titre, d’antrustions (compagnons), d’entourer leur chef et de vivre aux dépens de celui-que leur vaillance avait enrichi; d’autres s’établirent dans des portions de terrains qui leur furent cédées à titre de récompense. Quant aux habitants du pays, ils eurent la permission de conserver leurs lois, et de vivre, soit sous la coutume romaine, soit sous la coutume salique. On leur laissa des terres, mais à des conditions onéreuses, et ils se virent réduits au plus profond esclavage.

A cette époque, trois races distinctes peuplaient la Gaule Belgique: les naturels du pays, formés, comme nous l’avons dit, du mélange des Germains et des Celtes, les Romains qu’y avait amenés la conquête, et enfin les Franks, maîtres de la plus grande partie du sol. On peut y ajouter encore quelques Triboques, retirés sur leurs montagnes où, à défaut- d’ennemis, la misère et la faim étaient venus les décimer. Par degrés, le temps et les rapports sociaux opérèrent entre ces races si distinctes une sorte de fusion que la différence des coutumes empêcha néanmoins de devenir complète jusqu’à l’époque de notre grande révolution.

A la mort de Clovis (511), les provinces qu’il avait conquises se partagèrent entre ses quatre enfants: Théodoric obtint en partage l’Ostrie ou Austrasie (Osterrike), royaume de l’Est, qui comprit la France germanique au-delà du Rhin, outre la Belgique orientale. Le royaume d’Austrasie, qui avait Metz pour capitale, après avoir fait partie du vaste empire de Charlemagne, tomba dans le partage de l’empereur Lothaire, et composa ensuite celui de Lothaire, son fils. Celui-ci régnait sur une grande étendue de territoire, entre la Meuse, l’Escaut et le Rhin, auquel il donna le nom de Lotharingia (Lothereigne, Lotharinge), d’où est venu celui de Lorraine, que notre seule province a conservé, quoiqu’elle ne fût qu’une faible portion de ce pays, et qu’elle n’eût alors aucune ville véritablement considérable.

La Lorraine, sous Charles-le-Simple, disputée par les Franks et par les Germains, et toujours le théâtre sanglant de leurs guerres, vit rompre son unité et ses formes administratives. Cessant d’être un royaume, elle devint un ensemble de petites principautés dont les grandes puissances s’arrachèrent tour à tour les lambeaux, ou qu’elles donnèrent à quelque vassal décoré du titre de duc, de marquis ou de comte. Ces ducs gouvernèrent jusqu’en 944, époque à laquelle l’empereur Othon Ier s’empara de la Lorraine et en donna le gouvernement à son gendre Conrad ; mais il le lui ôta ensuite pour le confier à Brunon, son frère, archevêque de Cologne, qui prit le titre d’archiduc de Lorraine et divisa cette province en deux gouvernements; il se réserva celui de la Basse-Lorraine ou Brabant, et donna la Haute-Lorraine ou Mosellane à Frédéric de Bar, beau-frère de Hugues-Capet. Enfin, en 1048, s’établit l’illustre maison de Lorraine qui ne quitta le sceptre ducal de cette province que pour monter sur le trône de l’empire d’Allemagne.

Il est difficile, au milieu de ces continuelles agitations, de fixer les divisions territoriales ou politiques de notre province: quelques-unes de celles qui existaient sous la domination romaine, et qui formaient les cantons dont nous avons parlé, avaient conservé leurs noms; mais probablement leurs délimitations étaient bien incertaines et devaient subir de perpétuelles variations. Le pays de Mosellane avait le titre de duché; le Scarponois était un comté sous les rois de la seconde race; l’Albechove avait Blâmont pour capitale; la Voivre était qualifiée de comté. Le Chaumontois ([3]), le Saintois, le Saunois, formaient des cantons.

A part la ville de Toul, qui s’enorgueillissait d’un trône épiscopal et d’une assez nombreuse population, il y avait peu de localités importantes dans l’étendue du territoire que nous habitons : on n’y rencontrait guère que des métairies, servant de résidences, soit à des chefs possédant, aux environs, une grande étendue de terre, soit aux rois Franks, qui venaient, s’y livrer au plaisir de la chasse et de la pêche. Sous Charlemagne, on reconnaissait, dit-on comme résidences royales, appelées villa regia, curtis regia , Marsal (Marsallum), Moyenvic (Medianus Vicus), Vic (Bodesius Vicus) , Gondreville (Gondulfi villa), Savonières (Saponariœ), Royaumeix (Regalis hortus), Dieuze (Decima); enfin, Scarpone (Scarpona), chef-lieu d’un comté, et qui, par suite des ravages des barbares, n’était plus qu’un fort environné de quelques habitations.

Outre les ducs et les comtes, possesseurs des domaines qui leur avaient été concédés ou dont ils s’étaient emparés après la conquête, la justice était rendue par des vicaires (vicarii), et des centeniers (centenarii). Les vicaires étaient des officiers ayant à peu près la même juridiction que les maires et prévôts, et dont l’autorité était subordonnée à celle d’un juge supérieur. Les vicaires (de vicus, village) jugeaient en première instance et entre roturiers. Les centeniers rendaient la justice dans un certain canton appelé centena, dans une partie d’un comté ou d’un pays. En temps de guerre, ils étaient chargés de conduire en campagne les hommes commandés dans leur centaine ou centurie. Ainsi que nous le verrons dans la suite, Pont-à- Mousson et son territoire étaient gouvernés par une compagnie que l’on nommait centena, et quelques vestiges de cette centaine existaient aussi dans le pays toulois, aux villages de Bouvron et de Thuilley, où il y avait des fiefs portant le nom de centaine.

Les évêques et les abbés, que leur condition empêchait de faire la guerre et de porter les armes, choisissaient des protecteurs (voués, avoués, advocati) pour soutenir leurs droits, rendre la justice à leurs sujets, punir les malfaiteurs, juger dans les causes de sang, et défendre leurs églises contre leurs ennemis. Ces voués eurent, à leur tour, des sous-voués auxquels ils confiaient l’exercice du pouvoir que leur avaient mis en main les ecclésiastiques.

A cette époque, la religion chrétienne commençait à fleurir dans la cité de Toul; saint Vaast, prêtre de cette église, avait eu l’honneur de catéchiser Clovis, qui était allé ensuite se faire baptiser à Reims, et saint Epvre jetait les fondements de la célèbre abbaye qui porta son nom, et qui fut, avec celles de Blâmont, de Bouxières-aux-Dames, de Vergaville, du Val-de-Bon-Montis et celle de Saint-Sauveur, transférée depuis à Domêvre, la plus ancienne de notre contrée ([4]). Mais la religion n’avait fait que peu de progrès parmi les habitants des campagnes; aussi les désignait-on sous le nom de pagani, payens, d’où l’on a fait le mot paysans. Ce furent eux, en revanche, qui se soumirent le plus vite aux usages des nouveaux conquérants des Gaules.

Telles sont, à peu près, au milieu de la confusion inévitable à une époque d’agitations continuelles, les seules indications fournies par nos historiens sur cette période de notre histoire, que nous aurions pu appeler période de barbarie. En effet, notre sol porte encore, après plus de quinze siècles, des vestiges de monuments érigés par les Celtes et les Triboques; de vieux pans de murs, des restes d’aqueducs, de camps et de chemins, attestent le passage des légions romaines, et il ne reste rien, pour ainsi dire, de la domination franke ([5]).

On attribue, il est vrai, quelques ruines à des édifices construits par la trop célèbre reine Brunehaut, mais rien ne confirme cette assertion, tandis que tout semble prouver, au contraire, que ces monuments grandioses sont l’œuvre du peuple-roi, qui plantait sur sa route, comme des jalons éternels, ces monuments aussi indestructibles que le souvenir de sa puissance!

 

[1] Voir l’article Pompey.

[2] A11-od, toute propriété ; ou de loos, sort.

[3] Selon le P. Benoît Picard, le Chaumontois parait, pour la première fois, sous le nom de Pagus Calvimontensis, dans les titres de la fondation de Senone par Childéric II, roi d’Austrasie, vers le milieu du VIIème siècle. Il cite, comme compris dans ce canton l’ancien comté de Lunéville, Varangéville, Saint-Nicolas, Manoncourt, Heillecourt, Vandœuvre, Champigneules, Lay-Saint-Christophe, le comté d’Amance, etc.

[4] Nous ne comprenons sous cette dénomination que le département dont nous écrivons l’histoire. Les célèbres abbayes des Vosges ont une origine beaucoup plus ancienne que celles de la Meurthe.

[5] On fait cependant remonter à l’époque de la décadence de l’empire de Charlemagne et des invasions des Hongrois et des Normands, les restes de quelques châteaux forts, que l’on voit encore dans notre département, mais ils n’y existent qu’en très petit nombre.

 

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