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II Les fleuves

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II

Les fleuves

La partie des Vosges jadis la plus riche en fleuves de glace est encore de nos jours la plus abondante en courants d’eau libre. La Moselle, la Moselotte, la Vologne, la Meurthe se frayent toutes un chemin à travers d’anciennes moraines et des boues glaciaires, et chaque vallée du versant occidental correspond à un autre sillon de la pente orientale, où les eaux, quoique moins volumineuses, suffisent néanmoins pour mettre en mouvement de puissantes usines. Le centre de dispersion des rivières des Vosges est signalé par la cime du Hohneck, d’où s’épanchaient autrefois les glaciers de Gérardmer et où se forment encore pendant les années les plus humides de petits glaciers temporaires on en rencontre notamment dans le cirque de Wormspel, à côté des Spitzenköpfe, et sur les flancs du Hohneck[1]. De beaucoup la plus forte proportion des eaux appartient au bassin du Rhin. L’excédant des pluies tombées sur les déclivités méridionales des Faucilles et du Ballon d’Alsace cherche sa voie vers le lit de la Saône; mais dans tout le reste du système des Vosges, ruisseaux et rivières courent vers le Rhin, du côté de l’Alsace par le bassin de l’Ill, du côté de la France par celui de la Moselle. Dans la partie de la Lorraine encore française, la Moselle a déjà pu réunir en un seul canal tous ses gracieux affluents des hautes Vosges, et, désormais navigable, elle serpente dans sa pittoresque vallée pour aller rejoindre le Rhin devant la ville qui porte encore son nom de « Confluent», légèrement modifié en celui de Coblenz.

Le fleuve de Meuse est également tributaire du Rhin, mais il parait en avoir été séparé autrefois, et il garde son nom jusqu’à la mer, grâce à la tradition historique[2]. Il commence par décrire à l’ouest du système des Vosges une grande courbe presque parallèle à celle de la Moselle ou «petite Meuse ». Comme tant d’autres cours d’eau des régions calcaires à roches fissurées, il fait son voyage souterrain. Quand ses eaux sont basses, elles s’engouffrent en entier près du village de Bazoilles, pour reparaître à 3 kilomètres plus bas devant Noncourt, à une petite distance en amont de Neufchâteau ; mais les cribles du lit ne peuvent laisser entrer qu’une quan­tité d’eau limitée, et quand la Meuse est à son plein, une moitié du flot continue de couler par le lit superficiel. il fut un temps où le fleuve, emportant l’eau de fusion des anciens glaciers, s’écoulait en une masse énorme dont on voit encore les anciennes berges.

Après s’être unie à la Chiers, la Meuse, qui jusque-là coulait dans une étroite vallée, presque sans vallons latéraux, vient se heurter aux terrains schisteux des Ardennes et doit serpenter à la base de ces roches, jusqu’à l’endroit où un point faible lui permet de trouver une issue vers le nord. C’est en aval des bizarres méandres de Mézières et de Charleville que la rivière pénètre enfin dans le plateau. Là commence la succession des beaux défilés qui font de cette région de la France l’une des plus intéressantes pour le. géologue et des plus pittoresques pour l’artiste. La rivière serpente à 200 ou 500 mètres au-dessous du plateau, tantôt longeant la base d’escarpements abrupts de roche dure, tantôt baignant les racines des arbres qui croissent sur les talus d’ardoise éboulée Chaque vallon, chaque brèche des murailles est emplie de verdure, dont l’éclat contraste avec les nuances rougeâtres ou multicolores des promontoires. De petites villes, ayant à peine la place nécessaire pour leurs maisons et leurs usines, occupent de distance en distance les étroites laisses d’alluvions déposées par la Meuse une de ces villes, Monthermé, située au confluent de la Semoy, plus sinueuse encore que la rivière principale, est si bien encaissée, comme au fond d’un abîme, que pendant une grande partie du jour les rayons du soleil n’y pénètrent point.

La Meuse, déjà fleuve important, puisque à sa sortie de France elle roule, aux plus bas étiages, 27 mètres cubes d’eau par seconde, et de 20 à 25 fois plus pendant ses crues, n’achève sa percée des Ardennes que bien avant dans la Belgique, non loin de Namur. Les hauteurs qui bordent à droite et à gauche la vallée verdoyante font avec elle un singulier contraste elles s’étendent en de vastes plateaux, où les bois, les pâtis, les tourbières, les rochers nus laissent à peine de loin en loin quelque petit vallon favorable aux cultures. A l’est surtout, les croupes schisteuses des hautes Fagnes (ou Fanges), ainsi nommées des eaux noires qui dorment çà et là dans les creux à fonds imperméables de roches, ont l’aspect le plus mélancolique, et les habitations humaines y sont rares. Jadis la « sombre et formidable Ardenne », dont les forêts actuelles de la contrée ne sont plus qu’un faible reste, occupait tout l’espace qui s’étend de I’Escaut au Rhin. On ne se hasardait qu’avec précaution dans ses gorges peuplées de sangliers et d’autres bêtes fauves; l’imagination des bûcherons et des chasseurs y créait aussi des monstres fantastiques. La légende nous raconte de nombreux prodiges qui se sont vus dans cette forêt redoutable : les chevaliers qui couraient le monde à la recherche des aventures ne pénétraient qu’en frissonnant dans les halliers des Ardennes. De nos jours, les bois ont été en grande partie abattus : des villes et des villages entourés de cultures se sont établis dans tous les fonds de vallée, au bord des eaux courantes; mais le plateau proprement dit est encore presque partout inhabité les paysans n’y conquièrent que lentement le sol rocheux, à peine revêtu d’une mince couche de terre végétale, éloigné des formations calcaires qui pourraient servir à l’amender.

[1] Ch. Grad, Comptes rendus de l’académie des sciences, 1871

[2] Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, p. 114 et suivantes.

 

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