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Lorraine ducale

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Nous sommes arrivés à la troisième et dernière période, que nous appellerons période lorraine. Notre but n’étant pas d’écrire l’histoire du duché tout entier, nous nous bornerons à jeter un coup d’œil rapide sur l’état du pays avant et après la grande époque des affranchissements; ces aperçus généraux rentrent seuls dans notre plan, et ils nous aideront à faire mieux comprendre les particularités qui regardent chaque commune.

Au XI° siècle comme au XVIII°, c’est-à-dire à la naissance et à la mort de sa quasi-monarchie, la Lorraine avait pour bornes l’Alsace et le Palatinat du Rhin à l’orient, le Luxembourg au septentrion, le comté de Bourgogne au midi, la Champagne et le Barrois au couchant; elle était naturellement divisée en trois parties la Lorraine propre, les Vosges et la Lorraine allemande c’est dans la première et dans la troisième qu’étaient comprises presque toutes les communes enclavées aujourd’hui dans le département de la Meurthe.

Au XIIe siècle, époque à laquelle il faut placer aussi la fondation de la plupart des monastères qui s’élevèrent en si grand nombre dans cette partie de la province, l’esclavage et la servitude y étaient encore très communs. Les esclaves ne pouvaient ni tester ni paraître en justice, ni disposer de leurs enfants. Ils avaient cependant leur pécule dont ils étaient les maîtres. Leur corps était à leur seigneur; on les donnait, on les vendait, on les échangeait, on les laissait par testament, on les dévouait au service des églises sous un certain cens annuel. Si le voleur serf étranger était confisqué, il pouvait racheter sa vie; mais son maître revendiquait sa personne.

Dans ces temps, l’autorité des seigneurs particuliers, tant ecclésiastiques que laïques, était presque sans bornes ; ils dominaient d’une manière absolue sur les biens et sur les personnes de leurs sujets, ils en disposaient comme du leur, leur imposant des charges à volonté, leur commandant, selon leur caprice, le haut et le bas, le plus et le moins. Ainsi, les seigneurs temporels ne permettaient  pas à leurs sujets serfs de prendre l’habit religieux sans leur permission; il fallait des privilèges particuliers du pape ou des évêques pour les retenir dans les monastères. L’entrecours subsistait dans tout le pays: les sujets d’un seigneur ne pouvaient aller s’établir sur les terres d’un autre sans le consentement réciproque des deux seigneurs; de même, les formariages étaient défendus, et il fallait également permission réciproque des deux seigneurs pour qu’un sujet de l’un d’eux pût contracter mariage avec un des sujets de l’autre. Le seigneur suivait son sujet et en demeurait maître partout où il pouvait aller demeurer. C’est ce qu’on appelait droit de suite de main-morte ([1]). D’ordinaire les mariés restaient au seigneur sur les terres duquel le mariage s’était consommé, quand bien même, dans la suite ils auraient fixé leur demeure dans une autre seigneurie; quelquefois les enfants mâles devenaient sujets du seigneur du père, et les filles restaient sujettes du seigneur de la mère. Il n’était pas permis aux serfs d’un seigneur de donner leurs biens à une église sans la permission de leur maître.

Avant que les communautés des villes, des bourgs et des villages fussent formées, toute la banlieue d’un bourg ou d’un village était au seigneur; il disposait à son gré, y exerçait un pouvoir despotique et absolu. Il fut ainsi jusqu’au règne de Ferry III, c’est-à-dire jusque vers le milieu du XIIIe siècle.

C’est à cette époque qu’on fait remonter les premiers affranchissements dans notre province.

Ce grand mouvement vers la liberté ne s’opéra pas en Lorraine comme en France; il n’eut aucun des caractères grandioses qu’offre l’histoire des communes ([2]) du royaume; on ne vit pas les bourgeois ([3]) s’armer contre leurs seigneurs pour leur arracher les franchises que ces derniers leurs refusaient. Les affranchissements eurent lieu d’une manière pacifique, et sans qu’une goutte de sang eût été répandue. Néanmoins, ils ont cela de commun avec ceux faits en France, que le souverain les provoqua lui-même, ou, du moins, s’en fit tacitement ou ostensiblement le protecteur.

En effet, si par les affranchissements qu’il accordait, le souverain perdait une portion de ses droits, il acquérait de nouveaux sujets dans les serfs qu’affranchissaient les seigneurs, et voyait ainsi s’étendre les bornes de sa puissance. Et les seigneurs eux-mêmes, loin de perdre aux affranchissements, y gagnèrent en richesse plus encore que les peuples n’y avaient gagné en liberté; une grande partie du sol, restée longtemps stérile fut cultivée avec soin, et leurs domaines territoriaux, devenus productifs, augmentèrent considérablement leurs revenus.

On se fait une fausse idée de la souveraineté ducale en Lorraine lorsqu’on se la représente comme une sorte de monarchie absolue, dictant ses lois et commandant partout l’obéissance. Les ducs de Lorraine, dans les premiers temps surtout, n’étaient que les chefs de la noblesse, autour desquels vivaient des vassaux quelquefois plus puissants qu’eux-mêmes. Il leur fallait, pour se maintenir sur le trône, flatter ces nobles turbulents et ambitieux qui voulaient traiter avec eux d’égal à égal. Thiébaut Ier avait tenté de les réduire; aussi, quand, après avoir été fait prisonnier dans la forteresse d’Amance, il fut mené captif à Wirtzbourg, les seigneurs conspirèrent pour lui enlever la couronne; et lorsque Ferry III eut donné les premières chartes d’affranchissements à ses sujets, en les mettant sous la loi de Beaumont ([4]), il fut, par suite d’un complot de ces mêmes seigneurs, détenu dans la cour du castel de Maxéville ([5]).

Du reste, il ne faut pas donner trop d’extension à ce mot d’affranchissement : il était loin de signifier une liberté complète, et ne représentait guère qu’un adoucissement à l’esclavage. En effet, les serfs n’étaient affranchis par leur seigneur qu’à charge de lui payer annuellement des droits et redevances ([6]) ; on les obligeait, par exemple, à des corvées pendant un certain nombre de jours; on les contraignait à donner une certaine mesure de blé ou d’avoine par chaque  bête tirante ou par chaque arpent de terre labourable; à payer une taille ou capitation fixée, moyennant quoi, leurs biens, leurs terres, leurs bestiaux, leurs personnes étaient exemptes de toute autre servitude. En outre, ainsi que la loi de Beaumont en offre l’exemple, les affranchis étaient soumis à une multitude d’amendes pour des fautes souvent bien légères. -Néanmoins, les peuples, habitués à vivre dans la servitude, acceptèrent avec reconnaissance ce qui était réellement pour eux un bienfait, car ils purent désormais acquérir et transmettre à leurs enfants le bien qu’ils avaient acquis.

Les affranchissements n’eurent pas lieu pour toutes les communes de la province. Tous les seigneurs suzerains, ecclésiastiques ou laïcs, n’imitèrent pas le prince, et le prince lui-même n’étendit pas la liberté à toutes les terres de son domaine. Cependant, à partir du règne de Ferry III, le peuple eut moins à gémir des excès du despotisme, et le duc s’interposa souvent entre le seigneur et ses sujets pour alléger les charges qui écrasaient ces derniers. Ainsi l’on voit le duc Thiébaut II, qui lui aussi, tenta de réprimer les entreprises ambitieuses de la noblesse, défendre aux gentilshommes de punir de mort aucun de leurs vassaux sans que lui-même en ait été instruit. Et Ferry IV leur enjoignit de ne pas retenir dans leurs prisons les serfs et cultivateurs avant que ceux-ci eussent pu faire entendre leurs réclamations. Néanmoins, il est un fait qu’on ne doit pas passer sous silence, et dont on trouvera plusieurs exemples dans l’histoire des communes, c’est que, sous les règnes des ducs Jean et Antoine, différentes localités perdirent les privilèges que leur assurait la loi de Beaumont parce qu’elles ne purent reproduire les chartes qui leur garantissaient ces franchises.

Selon D. Calmet, les premiers affranchissements vinrent des églises et des monastères: il en fut peut-être ailleurs ainsi, mais cette assertion ne peut être générale quant aux communes de notre département ([7]).

C’est à partir des affranchissements que nos villages se sont formés et sont devenus populeux, et que l’agriculture s’est développée dans notre pays en même temps que la propriété y a pris naissance. Alors les populations formèrent des communautés ayant leurs bans ou finages, leurs bois, leurs eaux, leurs pâturages communs, sans compter ce que chacun possédait en particulier. C’est aussi à cette époque que remonte la création des maires ([8]), des jurés ([9]) des doyens ([10]) et échevins ([11]), chargés de rendre immédiatement la justice au nom de leurs seigneurs. Au-dessus de ces officiers étaient les baillis ([12]) et les prévôts dont l’autorité s’étendait sur un certain nombre de communautés. Ce dernier établissement fut analogue au gouvernement féodal, et les baillis furent d’abord chefs de la justice et de la police, commandants des troupes et arbitres dans leurs provinces. Aussi ne vit-on ces emplois occupés d’abord que par des gentilshommes de l’ancienne chevalerie. A côté de ces juridictions subalternes, s’élevait le tribunal suprême des assises, dont l’origine remonte aux premiers temps de notre histoire, et qui, après avoir subsisté pendant prés de sept cents ans, fut supprimé par le duc Charles IV, puis remplacé par la Cour souveraine dont les membres se rendirent célèbres par leurs lumières et leur haute intégrité.

Dès 1598, le duc Charles III avait ordonné que les habitants de chaque communauté se réuniraient annuellement dans une assemblée à laquelle on donna le nom de plaid anna1. Il devait y être procédé à la création des maires, gens de justice, bangards, gardes-chasse et bois, à l’énumération de tous les droits, cens, rentes et redevances, à l’échaquement des amendes, etc.

Les chefs des communautés y rendaient compte de leur gestion; on y faisait toutes les ordonnances de police; enfin les receveurs et contrôleurs percevaient les droits, cens et revenus du prince. De plus, le peuple était régi par des coutumes différentes rédigées par le prince ou par les seigneurs suzerains.

La formation et l’agrandissement des villages, des bourgs et de plusieurs de nos villes eurent encore une autre cause que les affranchissements, c’est la fondation des nombreux monastères qui, comme nous l’avons dit précédemment, s’élevèrent en Lorraine, principalement dans les XIe et XIIe siècles. Les serfs chargés de faire valoir les propriétés rurales des maisons religieuses, se réunirent peu à peu, élevèrent des habitations qui, se groupant par degrés, formèrent des hameaux, puis des villages, et quelquefois des villes ([13]).

Quant aux nombreux châteaux qui couvraient la province, leur origine remonte, pour la plupart, à l’érection de la Lorraine en duché souverain.

Alors, les seigneurs particuliers, accoutumés à vivre dans une sorte d’indépendance, et ne pouvant se résoudre à subir le joug d’un nouveau maître, se cantonnèrent chacun dans sa terre et dans son château, et voulurent, sinon se maintenir en liberté, du moins partager l’autorité avec celui qu’on leur avait donné pour souverain. De là ces forteresses élevées de toute part comme des emblèmes de la féodalité, et qui furent détruites soit dans les guerres continuelles du moyen-âge, soit par le fer des Suédois, soit enfin par la politique ombrageuse des rois Louis XIII et Louis XIV. Quelques-unes de celles qui échappèrent, à ces différentes époques, à la destruction générale, furent démolies plus tard pour être employées à d’autres destinations.

Un mot maintenant pour ce qui regarde la partie religieuse de la province. Dans les premiers siècles de la religion, dit le P. Benoît Picard, il n’y avait dans un diocèse qu’une église où on s’assemblait avec l’évêque, qui célébrait seul les mystères de la religion. Les paroisses de la campagne n’ont commencé que vers le IVe siècle, et n’ont pas commencé partout en même temps: celles des villes sont plus anciennes. Les oratoires, les chapelles, les lieux de piété que les fidèles bâtissaient dans la campagne, ont donné naissance à plusieurs paroisses. Les seigneurs mêmes des lieux demandaient que les chapelles de leurs châteaux ou de leurs maisons particulières fussent converties en paroisses qu’ils dotaient. De là vient leur droit de collation ou de patronage. Plusieurs prieurés et petits monastères, dépendant des abbayes considérables, furent convertis cas paroisses.

« Quant à l’origine des annexes, vicaireries et églises succursales, elle vient des hameaux voisins des cures où les fidèles faisaient bâtir des oratoires que les évêques ont unis à des paroisses voisines, afin que le curé put y dire la messe et y administrer les sacrements. »

Telle est, à peu près, la marche qu’a suivie l’histoire de nos communes. A partir du XIIIe siècle, il n’y eut plus seulement des serfs et des seigneurs, des maîtres et des esclaves le peuple des campagnes et la bourgeoisie des villes commencèrent à naître : le premier se mit à cultiver avec soin la terre qui était ou pouvait devenir sa propriété; la seconde sentit, pour la première fois, remuer dans son coeur ces nobles sentiments de patriotisme qui, deux siècles plus tard, l’armèrent et la firent combattre pour l’indépendance nationale avec un courage égal à celui de la chevalerie. Au XIVe siècle, le commerce commença à fleurir. Les arts, les lettres et les sciences se développèrent aussi peu à peu, pour arriver à leur apogée sous le grand-duc Charles III, et, plus tard, sous celui de Léopold, époques où une civilisation brillante rayonna sur notre pays. Mais, sous le règne de Charles IV, l’occupation française et l’invasion des Suédois, auxiliaires de Louis XIV dans la guerre de trente ans, puis la famine et la peste, le jetèrent dans la misère et la désolation : les populations furent décimées ; les  campagnes dévastées; des forteresses, des hameaux, des  villages entiers disparurent, quelques-uns pour ne se relever jamais. Et à peine nos communes s’étaient-elles remises de tous ces malheurs sous l’administration paternelle de Léopold, que les exigences financières du règne de Stanislas vinrent de nouveau les replonger dans une partie des maux qu’elles avaient soufferts. Des mains de ce prince, la Lorraine passa dans celles de la France, et la révolution la trouva province française. Cette révolution, si sanglante et si terrible sur quelques points, fut loin d’offrir, parmi nous, le même caractère. On n’y accepta pas, il est vrai, avec indifférence, les grandes réformes opérées par l’Assemblée Constituante; le choc des intérêts divers partagea bien les esprits comme partout ailleurs, mais cette fermentation n’occasionna pas, généralement du moins, les scènes violentes qui ensanglantèrent une partie du royaume.

En 1790, notre province fut divisée en quatre départements: de Lorraine (plus tard Meurthe), du Barrois (Meuse), des Vosges, du Pays Messin (Moselle).

Ainsi qu’on a pu le voir d’après le résumé rapide que nous venons de tracer de l’histoire de notre pays à ses trois époques principales, l’existence de nos communes est loin d’être totalement dépourvue d’intérêt; elle offre bien aussi quelques péripéties dramatiques qu’il ne nous est pas permis d’ignorer. Ici, sur cette terre que nous foulons, habitèrent tour à tour les peuples du midi et du nord: Celtes Germains, Triboques, Romains, puis enfin les Franks. Nous ne pouvons être assez dédaigneux des fastes de notre antique patrie, pour ne pas désirer connaître l’origine de ces vieux monuments dont les ruines se dressent encore devant nous comme l’histoire vivante des siècles qui ne sont plus. Ici, dans ces forêts, où nous allons nous ébattre en caravanes joyeuses, les Druides cueillaient le gui sacré et offraient à leurs divinités barbares de sanglants sacrifices; là, sur ces hauteurs dont les flancs sont couverts d’une riche végétation, s’élevait un temple payen, un camp ou une station romaine; plus loin, ces débris qui surmontent encore la montagne, sont les restes d’un castel féodal qui portait jusque dans les nues ses tours et ses murailles crénelées...

Nous allons présenter maintenant, dans une énumération sommaire, les anciennes divisions dans lesquelles se trouvaient autrefois comprises les communes qui forment aujourd’hui le département de la Meurthe, depuis 1594 jusqu’à l’an VIII, époque où il fut partagé, comme il l’est encore maintenant, en cinq arrondissements. Cette nomenclature paraîtra peut-être sèche et aride, mais elle aura, du moins, le mérite d’être entièrement neuve et de résumer tous les travaux statistiques faits depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours. Nous donnerons aussi, avant de terminer la partie historique de notre Introduction, un tableau, par ordre chronologique, des différents ducs qui ont occupé le trône de Lorraine depuis Gérard d’Alsace jusqu’à Stanislas. Ce tableau aidera à déterminer certaines dates négligées ou omises peut-être dans l’histoire des communes.

[1] Cette servitude fut abolie par Léopold au mois d’août 1741.

[2] Il n’est guère possible d’appliquer la qualification de communes, dans le sens des communes de France, aux villages ni même à plusieurs des villes de Lorraine qui obtinrent des affranchissements ; on pourrait plutôt les comparer aux communes rustiques dont quelques historiens attribuent l’établissement à Louis-le-Gros, et qui n’acquirent aucune importance ; l’absence de cette centralisation qui avait rendu les villes si redoutables, jointe à la misère et à l’ignorance, empêcha les paysans d’étendre et d’exploiter avec énergie les légères concessions qui leur furent octroyées.

[3] Le nom de bourgeois dérive du tudesque burg, ville ou bourg; mais l’usage y attache le sens de membre d’une cité libre, de citoyens.

[4] Guillaume de Champagne dit aux Blanches mains, cardinal archevêque de Reims, en 1482, mit en franchise les habitants de la petite ville de Beaumont an Argonne, et leur donna les lois dites de Beaumont, qui furent généralement adoptées en Lorraine. Cependant, on trouve quelques communes mises au droit de Stenay; mais cette désignation s’explique en ce que la ville de Stenay fut, sans doute, une des premières mises sous la loi de Beaumont.

[5] C’est pour avoir voulu, comme dit Louis d’Haraucourt, mestre à tout meshay empeschement ez privilèges que certains de la  noblesse dessiens états avoyent en prétention et dont n’usoyent en bons et loyaulx hommes, que Ferry souleva la haine des principaux seigneurs et gentilshommes du pays, trop habitués d’agir envers le pauvre peuple comme leur duisoit. C’est après avoir vainement essayé par menées sourdes et brigues de traverser privilèges et franchises qu’avoit Monseignor, donné et gratifié certains lieux, qu’ils conspirèrent contre sa personne, et n’osant probablement pas attenter à sa vie, le retinrent captif, dans l’espérance de lui arracher tôt ou tard la révocation des franchises qu’il avait accordées aux communes. (M. Beaupré, Emprisonnement de Ferry III dans la tour de Maxéville.)

[6] On voit, par la charte d’affranchissement de la ville de Neufchâteau, que chaque bourgeois devait payer au duc 6 deniers par livre de meubles, c’est-à-dire 6 deniers par meubles valant 20 sols, 12 deniers par meuble valant 2 livres; que les armes, lits et menus meubles de ménage et ustensiles pour labourer, faner et récolter seraient exceptés; que les meubles d’or et d’argent seront taxés au prorata de leur valeur; que chaque livrée de terre paiera 2 deniers; et qu’aucun ne s’établira en la ville on village sans lettres de Monseigneur. Sera sauf le droit d’ost et chevauchée du duc, c’est-à-dire le droit d’assembler quand il voudra la milice à pied et à cheval. Homme de soixante ans ne sera tenu de l’ost (service de guerre), ni enfant au-dessous de dix-sept.

[7] Voici, d’après une note de M. l’abbé Marchal, les plus anciens affranchissements donnés par les ecclésiastiques à quelques-unes de nos localités: Affranchissement de Liverdun par Pierre de Brixey, en 1178, antérieurement à la loi de Beaumont.

- Affranchissement, conformément à la loi de Beaumont, par Hugues III, comte de Vaudémont, de concert avec le monastère de Saint-Mathieu, d’une ville qu’ils devaient fonder sur l’emplacement du village de Saulxerotte

- Charte accordée à la ville de Toul par l’évêque Othon de Grandson, en 1306; elle fait partie de la collection lorraine de M. l’abbé Marchal. Cette charte, remaniée par l’évêque Thomas de Bourlémont, fut octroyée de nouveau, en 1337, aux habitants de la ville épiscopale.

- Concession de la loi de Beaumont à la ville de Vic,-probablement par l’évêque de Metz, Adémare, vers 1344.

- Privilèges accordés à la ville d’Albestroff, domaine des évêques de Metz, vers la même époque.

- Charte accordée à la ville de Sarrebourg, en 1435, par l’évêque de Metz, Henri de Lorraine.

[8] Ou mayeurs. Un règlement rendu sous le règne de Ferry III et infligeant une amende considérable à celui qui battrait le maire d’un lieu, prouve de quelle protection le prince entourait ces officiers.

[9] Ce mot servait quelquefois à désigner la totalité des membres d’une commune, et quelquefois les seuls membres du gouvernement municipal. Il tire son origine du serment que les uns et les autres étaient obligés du prêter.

[10] Les doyens étaient les habitants les plus influents ou les plus âgés de la commune.

[11] Ce mot est d’origine teutonique. Skepen, dans la langue des Francs, signifiait un juge. C’est, dit M. Augustin Thierry (Lettres sur l’Histoire de France), le mot latinisé dans les capitulaires par celui de scabini, qu’on tractait mal à propos par le terme barbare de scabin.

[12] De bajulus ou balivus (basse latinité), nom donné autrefois en général aux juges seigneuriaux chargés, dans les grands fiefs, de rendre ou de faire rendre la justice au nom de leurs seigneurs. Les princes, à l’exemple des grands vassaux, créèrent des baillis qui eurent d’abord la triple administration de la justice, des finances et des armes. Plus tard, on leur retira ce dernier privilège. On donna aussi le nom de baillis aux officiers et juges subalternes dans les bourgs et les villages. Ils furent supprimés en 1789. On attribue la création des bailliages en Lorraine au duc Simon II, vers 1190, et celle de leurs lieutenants en 1302. « Dès l’an 1212, dit Thiriat, se voyait en Lorraine les jugements et justice des baillifs; lesdits baillifs étoient, comme qui diroit juges des lieux où ils avoient leur résidence et représentaient, en temps de guerre, le seigneur qu’estoit en fait d’armes ou d’ost, et qui, détenu en guerre, ne pouvoit rendre justice à ses sujets. »

[13] Il faut remarquer, dit le P. Benoît Picard (Pouillé du diocèse de Toul), que la plus grande partie des noms des villages du diocèse (ce qui peut s’appliquer à toute la province) se terminent en ville ou en court. Ces deux mots ne signifiaient autrefois qu’une ferme ou une métairie; ce qui fait voir que les fermes ont été la première origine de ces villages. Il y en a d’autres qui se terminent par le mot de viller, qui veut dire hameau; et ce qui n’était qu’un hameau dans son commencement est devenu quelquefois ville ou bourg, comme on le voit à l’égard de Gerbéviller et de Badonviller, dont les noms sont composés de celui de viller, qui veut dire hameau, et du nom de Gerbert et de Bodon, les premiers fondateurs et les auteurs de ces villes. Les villages de Ménil, Grand-Ménil ont emprunté leurs noms du verbe maneo; car mansile, qui veut dire ménil, signifie une demeure ou un manoir. Il y en a d’autres qui portent le nom de leurs patrons Saint-Firmin, Saint-Rémy, etc., et ces villages n’ont commencé, sans doute, qu’après la construction et la bénédiction de leur église. Les idoles même qu’on a adorées dans les lieux, leur ont donné leur nom Baccarat (de Bacchus), Blénod, Buligny (de Belen, Apollon). Il s’est trouve qui les tirent des bois Fraimbois, Charmes, Bouxières, Foug, etc.; d’autres des rivières Madon, Mortagne; ou des confluents: Condé, Conflans (ancien nom de Pont-Saint-Vincent), des montagnes: Blâmont, Moncel; des chènevières, des prés et des champs: Seicheprey, Chènevières, Seichamps; des fontaines: Bellefontaine; des vallons : Einval (Einvaux); des rochers Rupes et Pierre; des choux et - des fèves: Choloy, Favières; des manufactures: Vandœuvre et Savonnières; des exemptions et franchises : Francheville, Liverdun; des jardins: Royaumeix; des colombiers : Colombey; de quelques événements : Saizerais (Cœsareœ arœs), Bagneux (Banniolum, parce que les Romains y avaient des bains); des bêtes féroces: Lupcourt (Lupi Curtis), Léomont (Leonis mons), etc.

On verra, du reste, dans le cours de cet ouvrage, que le, noms de beaucoup de nos localités remontent jusqu’à la période romaine. Les terminaisons iny, igny, igniey ou ignies , si communes en Lorraine, paraissent dérivées du vieux saxon inn, qui signifie encore en anglais auberge, logis, et qui désignait autrefois une manse ou un village. Lorsque, dans le cours des Ve, VIe et VIIe siècles, des colonies composées d’hommes appartenant aux divers peuples de la Germanie, vinrent dans les Gaules occuper les terres abandonnées, les habitations qu’ils élevèrent reçurent le nom de leur fondateur, auquel on ajoutait ordinairement la désignation de la nature de la propriété. Inn, iny ou igney, pour les propriétés saxonnes, répondait donc aux mots allemands hoff ou dorff et au villa ou curtis des Latins. Ces derniers, ainsi que les Gallo-Franks, qui leur succédèrent et qui écrivirent en latin, ajoutèrent, par euphonisme, les syllabes acus, acum, cium, à la terminaison saxonne. Ce fut ainsi que Chaligny devint Caliniacus ; Bulligny, Bulligniacum ; Gugney, Gugnieium, etc, La Lorraine compte un grand nombre de villages dont les noms sont ainsi composés. (Archéologie de la Lorraine.)

Quant aux localités de la portion de notre département qu’on appelle encore aujourd’hui Lorraine-Allemande, l’étymologie de leurs noms vient des circonstances de localités. Ainsi, d’après une explication que nous a adressée M. le curé de Virming, Bourgaltrof vient de trois mots allemands, de bourg (château fort), d’a1t (vieux) et de dorf (village), ce qui veut dire vieux village où il y a un château-fort; Guébling, Guéblanche, veut dire en allemand contrée où il y a du plâtre (du mot gybs, plâtre), aussi il y a de bonnes carrières de plâtre; Languimberg vient de deux mots allemands lang (long) et berg (montagne), et effectivement Languimberg est un long village sur une longue colline; Langatte vient de lang garten (long jardin), et le village est entouré de beaucoup de jardins; Vergaville est appelé en allemand Vuerstroff; ou Virtsdorff, village d’auberge, parce qu’il était renommé pour sa bonne charcuterie; Phalsbourg veut dire forteresse dans le Palatinat ou près du Palatinat; Sarrebourg château-fort près de la Sarre.

La terminaison ing, ring, est allemande d’origine; les Français la rendent souvent par ange, ou conservent le son d’ing ; ing, ring signifient en allemand cercle, territoire, juridiction, droit d’un tel village, d’une telle personne, d’un tel endroit, et tous les villages terminés en ing, ring ou ange sont allemands d’origine.

Il faut remarquer qu’en général tous les villages, surtout dans les arrondissements de Château- Salins et de Sarrebourg, où se trouvent dans les noms de ces villages les mots de bourg (château- fort), de alt (vieux), troff ou dorf, ing, ring, ange, veiler on viller, berg et autres d’origine allemande, ces villages sont encore allemands ou l’ont été originairement, et ne sont devenus français que depuis la guerre dite des Suédois en Lorraine, vers la fin de la première moitié du XVIIe siècle, du temps de Charles IV, duc de Lorraine, car après cette guerre et après la famine qui régnait alors et peu après, la Lorraine fut presque entièrement dépeuplée. Des colons venus de ta France, des Pays-Bas, du Luxembourg des Ardennes de la Forêt Noire, etc., l’ont repeuplée et y ont apporté leur langage, leurs coutumes, leurs mœurs, leur religion, etc., ce qui est la véritable cause de ces différents patois, soit allemand, soit français, des différents dialectes, des différents langages, coutumes, mœurs, etc., que nous trouvons de village à village et souvent dans les différentes rues, ou quartiers, ou sections d’un même village.

 

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