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Alsace-Lorraine II

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A l’ouest de Strasbourg, les deux côtés des Vosges sont peuplés de villageois qui parlent le dialecte alamannique d’Alsace : la limite des langues se dirige vers le nord-ouest, en formant de nombreuses sinuosités, et traverse la Moselle entre Metz et Thionville: près de Longwy, elle coïncide avec la frontière de France, puis se recourbe au nord pour embrasser la moitié du territoire belge. Mais la Lorraine dite allemande ne renferme pas seulement des communes germaniques; beaucoup plus grande que l’ancien district désigné officiellement jusqu’en 1751 sous le nom de « bailliage d’Allemagne », elle empiète partout sur le pays de langue française; d’après la statistique dressée par ordre du gouvernement allemand, il n’y a pas moins de 381 communes, contenant ensemble plus de 175 000 habitants, qui sont entièrement françaises par la nationalité : dans le district de Thionville, l’allemand n’était parlé qu’en trois communes[1]. Metz, la capitale, est au nombre des villes complètement françaises, car si elle fut partiellement peuplée d’Allemands au moyen âge, la pression graduelle du français l’avait complètement romanisée dès le milieu du treizième siècle sa république municipale resta toujours «welche » de langue comme d’esprits[2]. Maintenant c’est de propos délibéré, avec un esprit de méthode rigoureuse, que le gouvernement procède à la « germanisation » des communes françaises annexées: l’oeuvre inverse n’était point entreprise avec une pareille énergie par l’administration française; cependant on l’accusait de « combattre la morale et la civilisation[3] » on faisant du français la langue officielle de Strasbourg. La ville de Metz n’a-t-elle pas les mêmes droits à conserver sa langue? Une circulaire officielle de 1876 déclare punissables les parents et les tuteurs qui font élever leurs enfants et pupilles hors de l’Alsace et édicte contre eux l’amende et la prison. Quant aux enfants, même français, élevés à l’étranger, la permission de rentrer dans le pays ne peut leur être accordée qu’à titre « gracieux et exceptionnel[4] »

La population de l’Alsace-Lorraine est une forte race la plupart des hommes y sont d’une taille supéreure à la moyenne[5] et le nombre des infirmes y est moindre qu’en France c’est là ce que prouvent les registres de la conscription. Aussi Alsaciens et Lorrains sont-ils fort appréciés dans -les armées, non-seulement, il est vrai, à cause de leur solidité physique, mais aussi à cause de leur courage et de la facilité qu’ils ont à se plier à la discipline. En France, ils étaient toujours sous les drapeaux en plus grand nombre proportionnel que les hommes des autres provinces. Ils ont donné aux années de la République et du premier Empire quelques-uns de leurs généraux les plus célèbres, et leurs vieux soldats se voient partout comme douaniers ou gendarmes. Mais les habitants de l’Alsace-Lorraine se distinguent également dans les arts de la paix : ce sont les intermédiaires naturels du commerce, de l’industrie et des sciences entre la France et l’Allemagne. Metz et Strasbourg, surtout cette dernière, ont été de tout temps de grands lieux de passage, plus utiles encore pour l’échange des idées que pour celui des marchandises. L’Alsace se prête d’autant mieux à ce rôle d’interprète entre les deux nations, qu’une très-forte proportion des habitants, et dans les villes la grande majorité, connaissent, et parlent les deux langues. Le niveau moyen de l’instruction y est relativement fort élevé[6].

Les Alsaciens-Lorrains ont à travailler beaucoup pour se nourrir, car la population est fort dense, surtout dans les plaines et dans la région des vignobles.

[…]

Plus haut viennent les forêts, qui sont, on le sait, parmi les mieux aménagées du monde: le rendement annuel s’en élève même au -double de celui qu’on obtient en Prusse[7].

[…]

La Lorraine est aussi un pays agricole, mais elle reste bien inférieure à l’Alsace par l’importance relative de ses produits. Le sol et le climat y sont moins favorables. La Lorraine n’a point une large vallée d’alluvions comparable à celle du Rhin; ses coteaux, au lieu d’être exposés au sud-est, s’inclinent surtout vers le nord, et toute la partie orientale du pays, surtout dans le voisinage de Bitche, n’a sur ses collines qu’une trop mince couche de terre végétale. Il reste encore çà et là des espaces incultes de landes, plus de 7,000 hectares, sans compter les marécages. Les vignobles manquent complètement dans près de 450 communes; néanmoins sur quelques coteaux bien exposés des vallées de la Moselle, de la Seille et de la Nied, surtout aux environs de Metz et de Château-Salins, les ceps donnent d’excellents produits. La propriété est très-divisée, comme en Alsace, mais en moyenne la production y est moindre de moitié; pour un même nombre d’habitants, il faut une double superficie de terrains en rapport. Une des cultures particulières de la Lorraine est celle des étangs; de même que dans la Dombes, un grand nombre de réservoirs à écluses sont alternativement remplis et vidés pour servir tantôt comme viviers, tantôt comme champs de culture. Quand on lève les vannes, pour faire écouler environ les deux tiers des eaux de l’étang, on pêche une grande quantité de poissons puis on laboure les fonds émergés, qui donnent l’année suivante des moissons de froment, d’autres céréales et de plantes diverses ; ensuite les écluses sont fermées de nouveau et l’ensemencement du poisson recommence. Le grand étang de Lindre, dans la vallée de la Seille, donne parfois plus de 100,000 kilogrammes de poisson dans une seule année. Sous un climat chaud, cette bizarre rotation des cultures serait une cause d’effroyable mortalité, à cause de la décomposition des matières organiques; elle est moins dangereuse au nord du 49e degré de latitude, mais elle est mauvaise au point de vue économique, et les agriculteurs lorrains abandonnent de plus ru plus cette pratique, héritée des temps anciens[8].

L’Alsace et la Lorraine allemande sont aussi des contrées de grande industrie, car depuis longtemps déjà l’agriculture ne suffisait plus à nourrir les habitants.

[…]

En Lorraine, l’industrie a pris aussi un certain développement, grâce aux richesses naturelles contenues dans le sous-sol. Les gisements de fer sont très-nombreux, surtout à l’ouest de la Moselle, dans l’étroite lisière de terrain comprise entre la frontière actuelle de la France et le cours de la rivière : l’épaisseur de la couche de minerai est ru certains endroits d’une trentaine de mètres. C’est dans cette région, principalement dans la vallée de l’Orne, que s’élèvent les plus grandes usines, forges, hauts fourneaux, fabriques de fer et d’acier; on y trouve tes restes d’anciennes fonderies de minerai datant du moyen âge et de l’époque gauloise[9]. Les mines de charbon de terre sont dans le bassin de la Sacre et forment l’extrémité méridionale des couches houillères de Saarbrücken; mais elles sont recouvertes par le grès des Vosges, et il faut creuser de 45 à 280 mètres de profondeur avant de rencontrer les veines de charbon[10] ;un puits d’exploitation n’a pas moins de 468 mètres. La houille de la Sarre alimente les diverses fabriques des environs, entre autres les verreries de Forbach et les grands établissements de Sarreguemines pour la fabrication de la porcelaine émaillée[11], pour la confection des tabatières, la construction des machines et des mécanismes de précision. Les autres richesses minérales importantes de la contrée sont les salines des roches du trias, qui s’élèvent entre la Sarre et la Seille, et surtout celles de Dieuze, de Moyenvic, de Sarralbe : exploitées -depuis les âges préhistoriques, elles sont déjà mentionnées en 653. Le sel y est partout obtenu au moyen de puits de forage, les mines ayant été ennoyées en 1864 à la suite de la rupture des parois~[12]. On expédie le sel en grandes quantités, mais, à cause de la concurrence des autres salines, fort nombreuses en Allemagne. on l’emploie de plus en plus pour la fabrication des produits chimiques. On le voit, la France, qui est l’une des contrées d’Europe les moins riches en mines, a beaucoup perdu en cédant les parties des départements de la Meurthe et de la Moselle qui sont devenues aujourd’hui la Lorraine allemande. Elle a perdu aussi l’une de ses cristalleries les plus remarquables par l’excellence et le bon goût de ses produits c’est la fabrique de Saint-Louis, appelée Münzthal par les Allemands; près de 2000 ouvriers y travaillent, et la valeur annuelle des cristaux qu’ils livrent au commerce, principalement à celui de la France, s’élève à près de 8 millions de francs.

[    ]

[1] H. Kiepert, Zeitschrift für Erdkunde, n° 57, 1872.

[2] Henri Martin, Souvenirs d’Alsace et de Lorraine, Notes de voyage.

[3] Richard Bœkh, Der Deutschen Volkszahl und Sprachqebiet.

[4] Nombre des habitants de langue française originaires en Alsace-Lorraine, sans compter les ouvriers des villes (1874), d’après H. Kiepert

Haute-Alsace,     31,500, Basse-Alsace, 26.500; Lorraine,                192,000; total     250,000.

(Sprachgrenze in Elsass Lothrinqen, Zeitschr. des Ges. für Erdkunde, -1874, IX, 4er  Heft.

Le même auteur évaluait dans la Zeitschrift für Erdkunde (n° 37, 1872) le nombre des habitants français d’Alsace-Lorraine. à 310,000 ou 312,000.

Nombre probable des Alsaciens—Lorrains parlant habituellement le français 350,000.

(H. Gaidoz , Notes manuscrites.)

[5] Taille moyenne des Alsaciens de 20 ans Haut-Rhin, 1,658 millim.; Bas-Rhin, 1,664 millim.

Exemptions pour défaut de taille ou infirmités en Alsace, de 1860 à 1870 :  27 pour 100 (37 pour 100 dans le reste de la France).

[6] Recrues de l’Alsace-Lorraine sachant lire et écrire en 1875, d’après Hasse 96,55 pour 100.

[7] Produit des forêts domaniales (145,905 hect ) de l’Alsace en 1874 : 8,003,432 fr.

                                Alsace-Lorraine.                           Prusse.            France.

                         Produit brut          34 fr                       24 fr 30                  35 fr. 77

                         Dépenses ...         27  70                    14     45                   9     77

                         Revenu net .,.      26   30                      9     85                   26

(Ch Grad, Les forêts de l’Alsace et leur exploitation.)

[8]

 

Champs

Prairies.

Vignobles

Vergers

Total

Pop. en 1875

Haute-Alsace

138,634 hect

44,051   hect

11,120   hect

3,914     hect

197,719hect.

452,630 hab.

Basse-Alsace

193,677 »

61,139 »

13,252 »

6,675 »

274,741 »

597,850 »

Lorraine

337,104 »

64,460 »

5,971 »

7,082 »

414,617 »

478,900 »

 

669,415 hect

169,650 hect

30,343 hect

17,669 hect

887,077 hect

1,519,400 hab

 [9] Production du minerai de fer dans la Lorraine allemande , à l’ouest de la Moselle (1872) 696,387 tonnes, valeur, 2,454,000 fr.

[10] Production de la houille dans l’Alsace-Lorraine en 1874  343,200 tonnes; valeur, 5,000,000 fr.

[11] Production annuelle de la faïence émaillée 5,000,000 fr.

[12] Production des salines de la Sarre et de la Seille en 1873 352,966 tonnes ; valeur, 842,450 fr.

 

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