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Alsace-Lorraine I

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En vertu du « droit de la force », qui « prime le droit » lui-même, l’Alsace-Lorraine est devenue terre allemande : ses populations, en grande partie Françaises par la volonté, sont retenues captives dans une enceinte de frontières que le glaive a tracées. Désormais, il est vrai, la France ne saurait plus revendiquer comme siennes ces provinces qu’elle a livrées par un traité formel; mais, quoique déclarée « terre d’empire » (Reichsland), quoique changée en un domaine qui appartient en commun à tous les États d’Allemagne, et surtout à leur maître, l’empereur, l’Alsace-Lorraine n’en garde pas moins la possession virtuelle d’elle-même; si quelque jour elle peut reconquérir non point une autonomie prétendue, mais une indépendance réelle, vivre libre à côté de pays libres, c’est elle qui prononcera définitivement, elle seule qui pourra réconcilier les deux nations, coupables, l’une d’en avoir risqué la perte saris pouvoir la défendre, l’autre de s’en être emparée comme d’un butin de guerre.

L’Alsace est une région bien délimitée elle est formée par le versant oriental des Vosges et par la plaine qui borde la rive gauche du Rhin, entre le coude bâlois du fleuve et le cours de la Lauter. Fort longue du sud au nord en proportion de sa largeur, elle se divise tout naturellement en Haute-Alsace et en Basse-Alsace, ou, comme autrefois, en Sundgau (Südgau, territoire du sud) et en Nortgau (Nordgau, territoire du nord)[1]. Quant à la partie de la Lorraine devenue allemande, ce n’est point une province géographique: elle se compose du versant occidental des massifs qui continuent les Vosges au nord du seuil de Saverne, et du pays accidenté qui se prolonge à l’ouest vers les Ardennes; elle est traversée du sud au nord par les vallées de la Saar, de la Nied, de la Moselle qui la partagent en fragments distincts et dont les eaux ne se réunissent dans un lit commun qu’en dehors de son territoire. La Lorraine se distingue de l’Alsace, non-seulement par la pente générale du sol, mais aussi par son histoire, par l’origine d’une grande partie de sa population; néanmoins les forteresses et les routes militaires ont fait des deux provinces un même camp retranché, et la guerre récente leur a donné les mêmes destinées politiques il convient de les étudier ensemble[2].

[…]

L’arête principale des Vosges forme la limite entre la France et l’Allemagne, sur une longueur rectiligne d’environ 60 kilomètres, du Ballon d’Alsace au Grand Donon. Au delà, les deux versants des Vosges abaissées appartiennent l’un et l’autre à l’empire allemand, de manière à lui donner’ possession complète de tous les abords du seuil de Saverne, grande dépression qui termine au nord la chaîne des Vosges proprement dites[3] et qui, de tout temps, fut la grande porte de communication militaire et commerciale entre la France du nord et la plaine d’Alsace. Au nord du col même, la route de voitures qui succéda aux anciennes voies des Gaulois et des Romains, tandis que plus à l’ouest le canal de la Marne au Rhin et le chemin de fer -de Paris à Strasbourg, qui continuent de remonter la vallée de la Zorn, vont percer les roches et croiser leurs tunnels pour unir les deux versants. Au nord de ce col, qui correspond à la trouée de I3elfort, ouverte au sud des Vosges, les massifs de collines que l’on pourrait appeler les Petites Vosges et qui se continuent dans le Palatinat sous le nom de Hardt, n’ont qu’une hauteur moyenne de 400 mètres, mais leurs forêts et leurs vallées tortueuses, entremêlées en labyrinthe, en font un sérieux obstacle; jadis, le manque de villages, la rareté des populations, le grand nombre de petits seigneurs pillards, dont on voit les châteaux ruinés sur toutes les cimes, avaient empêché qu’on y traçât des chemins, ou plutôt qu’on y réparât les nombreuses voies ouvertes, il y a dix-huit siècles, par les légats propréteurs de Rome : seulement la vallée de la Lauter, qui servait de frontière entre la France et l’Allemagne, formait une voie stratégique secondaire dans la direction du Rhin. A l’ouest, les vallées de la Lorraine s’ouvrent du sud au nord, et par conséquent c’est dans le sens du méridien que s’y faisaient les migrations et les expéditions de guerre.

Les Vosges sont justement célèbres dans toute l’Europe par la beauté grandiose de leurs futaies; c’est avec émotion que l’on parcourt les sombres avenues des sapins du Hohwald et du Grand Donon. Partout, il est vrai, les forestiers ont soigneusement aménagé les bois; chaque arbre a sa valeur cotée et le jour de sa chute est marqué par le bûcheron; ce n’est point au milieu d’une nature vierge que pénètre le voyageur, mais les fûts sont si hauts et si droits, leur branchage se balance avec tant de majesté, dans les ramures froissées résonne une voix si puissante, que l’on est en entier sous le charme de la forêt : on la croirait vivante. Les plantations d’épicéas sont presque aussi belles que les futaies de sapins. Le pin, introduit comme l’épicéa par la main de l’homme dans les forêts des Vosges, est plus rare, excepté sur les pentes roides exposées au soleil du midi, mais il atteint aussi en Alsace une taille extraordinaire. Quant au mélèze, les beaux massifs en sont très clairsemés dans les Vosges. Au nord du col de Saverne et dans la Lorraine s’étendent également de fort belles forêts de hêtres, d’épicéas et de pins : on admire surtout les futaies de Bitche et celles de Château-Salins, où le gouvernement français s’approvisionnait de bois de construction pour la marine; mais, en moyenne, les forêts de la Lorraine sont à la fois moins belles et moins étendues que celles de l’Alsace; elles couvrent seulement la quatrième partie du territoire, tandis que sur le versant du Rhin le tiers du pays est encore revêtu de grands arbres[4]. Près de la moitié de ces vastes étendues boisées appartiennent encore aux communes: l’État, les particuliers et les établissements publics se partagent l’autre moitié»[5]. A mesure que ces bois étaient mieux utilisés pendant le cours des siècles, les animaux sauvages, pourchassés par l’homme, en disparaissaient de plus en plus. M. Gérard compte neuf ou dix espèces, aujourd’hui détruites ou absentes des Vosges, que les textes historiques signalent comme ayant vécu on Alsace : ce sont l’élan, le bison, l’aurochs, le renne, le cheval sauvage, le castor, le lynx, l’ours, le bouquetin et peut-être le chamois»[6]. Le dernier ours a été tué dans les forêts il y a plus d’un siècle, en 1760; depuis 1798, nul chasseur n’a rencontré de bouquetins, et le cerf a disparu des Vosges orientales depuis le commencement du siècle, mais il vit toujours en Lorraine; le daim, naguère exterminé en Alsace, a été introduit de nouveau. dans la forêt de Schlestadt[7]. On trouve encore dans les forêts d’Alsace quelques loups qui viennent du Jura et de la Lorraine, de rares chats sauvages et des renards. Les sangliers y vivent par bandes : on en tue un millier par an.

[…]

De même, quelques-uns des lacs et des étangs si nombreux qui parsèment les hautes terres de la Lorraine, à l’ouest des Vosges, ont été réglés depuis le moyen âge pour le service des moulins beaucoup d’étangs sont d’origine artificielle, mais un bien plus grand nombre ont été asséchés et transformés en terrains de culture; d’autres existent encore sous forme de marécages et rendent les communications difficiles. Ainsi les fonds vaseux de la Seille à Marsal ont dû être consolidés au moyen d’un «briquetage » d’argile de 2 mètres d’épaisseur s’étendant sur un espace de plus de 37 hectares : on en attribue la construction aux Romains, qui peut-être y avaient assis leur camp.

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Quant à la Lorraine allemande, les climats locaux ne sont pas moins divers que ceux de l’Alsace, à cause de l’inégalité de son relief. Les jours de pluie y sont plus nombreux et l’humidité s’y condense plus souvent en nuées qui rampent sur le sol. Surtout dans la région montagneuse qui s’étend de Bitche à Forbach, les brouillards sont très-communs et fort désagréables aux personnes non acclimatées, à cause de l’odeur qu’ils doivent aux exhalaisons des marais et des tourbières[8]; mais on ne les considère pas comme dangereux pour la salubrité publique; ils sont utiles à la végétation en maintenant l’humidité du sol sablonneux, qui se dessèche trop rapidement sous les rayons du soleil[9].

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[1] J.-G. Kohl, Der Rhein, 1ster Band, p. 181.

[2] Alsace et Lorraine allemande en 1875

Alsace 8,279 kil. car

Haute-Alsace.

3,505 kil. car.

453,350hab.

129 hab

 

Basse-Alsace

4,774       »

598,200

125 »

Lorraine allemande

 

6,255       »

480,250   »

77 »

Ensemble du Reichsland

 

14,512 kil. car.

1,531,800 hab.

105 hab

 

[3] Altitudes diverses de 1’Alsace-Lorraine

Grand Ballon

1,426 mètres.

Mulhouse

240 mètres

Col de la Schlucht

1,150       »

Colmar

195          »

Grand Donon

1,010       »

Strasbourg

144          »

Col de Saverne

380          »

Saverne

185          »

Altkirch

373          »

Metz

177          »

 

[4] Superficie des bois en Alsace-Lorraine

Haute-Alsace

144.850 hectares sur

350,469 hectares soit

44 % du territoire.

Basse-Alsace

148,302            »

477,436        »

31 %

Lorraine

155,056            »

623,268        »

25 %

 

448,208 hectares

1,454,173 hectares

31% du territoire

 [5] » Charles Grad, Les Forêts d’Alsace.

[6] Charles Gérard, Essai d’une faune historique des mammifères sauvages de l’Alsace; - Charles Grad, La faune historique de l’Alsace. Revue scientifique, 24 février 1872.

[7] Charles Grad, Notes manuscrites.

[8] Th. Huhn, Deutsch-Lothringen.

[9] Températures et pluies dans I’Alsace-Lorraine

Wesserling (observation de 19 années)

8°,1 C.

1,157 millim. de pluie.

Colmar (»                                 5 année)

10°,7

479

Strasbourg (         «             69 années)

10°,4

672          »

Metz

9°,7

660          »

 

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