1806 Dalmatie
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CAMPAGNE DE DALMATIE - Janvier 1806 à juillet 1809

Le traité de PRESBOURG avait cédé la Dalmatie au royaume d’Italie, qui devait y installer une administration civile relevant du gouvernement royal de MILAN; la France allait fournir les troupes d’occupation. La remise des provinces cédées à l’Italie devait s’effectuer du 30 janvier au 28 février.

MOLITOR, parti du FRIOUL au milieu de janvier avec les 5e, 23e et 79e de ligne, arrivait à TRIESTE le 31 du même mois et y attendait LAURISTON qui, étant allé prendre possession de VENISE, devait l’y rejoindre.

MOLITOR traversa la Croatie sans trop de difficultés et arriva le 20 février à ZARA, mais là, il apprit que les russes avaient pris possession de tous les forts des bouches du CATTARO.

Ne se croyant pas an état de les attaquer immédiatement, il résolut d’attendre des secours et dispersa ses troupes au cantonnement pour qu’elles puissent trouver les logements et les vivres.

La situation du 79e, au 1er mars 1806 était la suivante L’Etat-major cantonnait à SEBENICO et à ZARA. le 1er bataillon à ZARA, le 2e à SEBENICO, le 3e à SCARDONA, le 4e au dépôt à SEBENICO.

L’effectif était très élevé : 89 officiers et 2220 hommes présents sous les armes. Depuis le mois d’octobre 1805 le 79e avait reçu an effet 15 engagés volontaires et 796 recrues.

MOLITOR avait alors sous la main les 5e, 23e, 79e et 81e de ligne, mais son artillerie et ses munitions étaient restés en arrière, n’avançant que très lentement à travers la Croatie.

A la fin du mois de mars, la situation des troupes françaises n’était pas bonne ; comme nous venons de le voir, elles manquaient de matériel et de munitions ; elles vivaient sur le pays et logeaient chez l’habitant. De graves épidémies les décimaient journellement et on comptait alors jusqu’à 35 malades par compagnie.

Les russes, auxquels le gouverneur autrichien GHISLIERI avait livré la province qu’il était chargé de remettre aux français, encouragés par l’inaction du Général MOLITOR, attaquèrent à plusieurs reprises les Îles dalmates.

Enfin, les ordres de l’Empereur arrivèrent ; l’ancien 8e corps de la Grande Aimée devenait armée de Dalmatie à la date du 16 avril 1806. MOLITOR allait prendre l’offensive.

SIÈGE DE RAGUSE PAR LES RUSSES ET LES MONTENEGRINS

LAURISTON partit aussitôt avec les 5e et 23e de ligne, deux compagnies d’artillerie, dont une italienne, pour prendre possession des bouches du CATTARO en traversant l’Etat de Raguse.

Le 28 mai, RAGUSE est occupée, mais il fallait alors atteindre CASTEL-NUOVO et CATTARO, refouler les monténégrins dans leurs montagnes et forcer les russes à se rembarquer. C’était trop pour LAURISTON, qui se vit arrêté dans son offensive et rejeté dans RAGUSE où il n’eut que le temps de se renfermer.

C’est alors que, bloqué par 3000 russes et une masse de paysans monténégrins, il dut soutenir un siège de 20 jours avec 1800 hommes à peine.

La situation de LAURISTON était déjà désespérée lorsque le 17 juin, ayant tenté une sortie à BERGATTO, il subit un nouvel échec et ses troupes, mises en déroute, furent rejetées dans RAGUSE.

On avait heureusement eu le temps d’envoyer à MOLITOR, pendant la retraite, un courrier porteur d’une dépêche représentant la situation comme extrêmement critique.

Ne perdant pas un instant, MOLITOR prit ses dispositions pour se porter au secours de LAURISTON mais l’état sanitaire était déplorable et les secours envoyés à l’armée de Dalmatie n’étaient pas encore arrivés.

Obligé de laisser le 60e, fatigué par une longue marche, ne pouvant compter sur le 8e léger, encore en route, MOLITOR n’avait à disposer que du 79e et des compagnies d’élite du 81e, car ce régiment était décimé par les maladies.

Le Général en Chef avait écrit le 5 juin précédent: “je dois ménager le 79e qui est le seul corps de résistance de ma division; ce régiment forme en ce moment l’unique réserve du corps de Dalmatie”.

Outre mon régiment, qui était composé de 1432 hommes, écrit le Colonel GODART, il y avait encore 300 hommes du 81e régiment avec leur colonel, 25 hommes du 23e avec le colonel de ce régiment qui voulait le rejoindre à RAGUSE, 78 hommes des chasseurs d’Orient ainsi que 300 dalmates du canton de la NARENTA ; en tout 2123 hommes.

Nous avions à combattre à peu près 3000 monténégrins, près de 3000 russes avec leur escadre, composée de 8 à 9 vaisseaux de ligne, et 300 révoltés du CANALI.

Les troupes de secours partirent le 4 juillet après midi ; tous les soldats du 79e, pour être plus lestes à grimper les montagnes, avaient laissé leurs gros effets à STAGNO et n’étaient chargés que d’une paire de souliers et des munitions de guerre et de bouche.

MOLITOR commença par payer généreusement un paysan qu’il envoya au Général LAURISTON, à RAGUSE, porteur d’une lettre dans laquelle il annonçait son arrivée avec 12 000 à 13 000 hommes pour débloquer la place. Son avant-garde disait-il, était composé du 79e et de quelques autres détachements.

Le paysan, comme on le pense bien, fut arrêté, fouillé, et sa dépêche remise à l’amiral russe. Ce dernier, rempli d’inquiétude à la suite de la lettre de MOLITOR, commença à craindre de ne pouvoir résister longtemps ; il n’hésita plus lorsqu’il tomba dans le nouveau piège que lui tendit le Général français.

L’avant garde avait commencé l’action vers 2 heures ; il y avait au-delà de la rivière d’Ombla une partie découverte qu’on voyait très distinctement des positions russes et le chemin suivait le pied d’une muraille de rocher derrière laquelle on pouvait passer sans être vu.

MOLITOR donna l’ordre à 2 compagnies de défiler en colonne dans ce passage puis, dès que les soldats seraient hors de vue de l’ennemi, ils rebrousseraient chemin, reviendraient au point de départ en se dissimulant derrière les murs de rochers et repasseraient à nouveau. Ce manège dura plusieurs heures et les officiers russes, qui observaient les mouvements des français, purent constater le passage de plusieurs régiments.

L’Etat-major averti n’attendait pas plus longtemps et donna l’ordre d’évacuer immédiatement les batteries de SAINT SERGE.

Pendant ce temps, les voltigeurs enlevaient à la baïonnette les hauteurs de trois montagnes qu’occupaient les monténégrins. Le 1er bataillon, à la tête duquel se trouvait le Général DELZONS, s’emparait d’un petit fort occupé par les russes.

Le Colonel du 79e et le 2e bataillon étaient en réserve sur les hauteurs de BERGATTO.

Les russes battirent alors en retraite sur POSANKA, mais nos soldats, exaspérés par le souvenir des cruautés exercées sur le cadavre du Général DELZORGUES (tué le 17 juin) s’élancèrent sans tirer jusqu’à MALINI où le 1er corps russe les arrêta un instant. Craignant d’être coupé, ce dernier abandonna BERGATTO et se retira sur POSANKA. Le 79e s’empara pendant la retraite des russes, de 4 canons, 3 mortiers et de leurs bagages ; il était 7 à 8 heures du soir.

Culbuté, l’ennemi se replia sur GRAVOSA, où il s’embarqua à bord de ses navires. Vers 6 heures du soir, le Général MOLITOR voyant que les russes cédaient du terrain, fit venir à lui le lieutenant CALMAIN du 79e et le chargea de traverser les lignes ennemies pour aller avertir le Général LAURISTON de l’arrivée de l’armée de secours. Cet officier réussit dans sa mission et fut cité à l’ordre du jour.

La marche sur RAGUSE et la délivrance de la place constituait l’opération la plus pénible et la plus remarquable de la campagne de Dalmatie. Plusieurs soldats du 79e moururent de soif pendant la route, d’autres furent obligés de boire leur urine pour se désaltérer.

L’Empereur, pour montrer sa satisfaction au 79e, lui accorda six décorations sur douze ; il en ajouta dix peu de temps après et fit proposer les chefs de bataillon LECOUSTURIER et DELAYANT pour le grade supérieur.

Voici la lettre élogieuse que le Général MOLITOR adressait au Colonel GODART quelques jours après l’action.

Général MOLITOR au Colonel GODART Commandant le 79e régiment d’infanterie de ligne.

Je vois avec bien du plaisir, Colonel, que d’après le compte que j’ai rendu au vice-roi de la conduite distinguée de votre brave régiment à la journée de RAGUSE et d’après le rapport avantageux que S.A.R. a fait à l’Empereur, S.M. a bien voulu nommer membre de la Légion d’Honneur les militaires dont les noms suivent, savoir:

MM. BASIN - Capitaine de voltigeurs

FITTES - Sous Lieutenant de grenadiers

GUGUERES - Sous Lieutenant de grenadiers

PORCHERON - Sergent de voltigeurs

CHASLARD - Sergent de voltigeurs

HURET - Sergent

Vous trouverez ci-joints les brevets de ces légionnaires, j’aurais bien désiré les leur remettre moi-même, mais puisque l’éloignement me prive d’une si douce satisfaction, je ne puis mieux les confier qu’au Chef de ces braves et je les remets entre vos mains. Dites leur, je vous prie, combien je m’estime heureux d’avoir contribué à faire récompenser leur valeur et leur dévouement.

Sa Majesté a voulu que outre ces récompenses, dix autres légionnaires fussent nommés dans le 79e régiment et vous ne tarderez sans doute pas à recevoir la demande de ces propositions. Si cette demande m’est adressée, je profiterai avec empressement de cette circonstance pour vous proposer au grade de commandeur.

Dans le cas contraire, je ne doute pas que M. le Général LAURISTON ne vous rende la même justice.

Rappelez-moi, Colonel, au souvenir de tous vos officiers, dites leur combien je leur suis attaché, ainsi qu’à tous vos braves soldats, et recevez l’assurance de mon estime.

Signé : MOLITOR.

Le Général MARMONT prend le commandement de l’armée de Dalmatie. Après la délivrance de RAGUSE, le 79e vit ses bataillons ainsi répartis le 1er bataillon à CLISSA, le 2e à DERNIS, le 3e à TRAU, le 4e à ZARA ; le 3e bataillon venait de recevoir 204 hommes en renfort; derniers débris du détachement qui s’était si vaillamment distingué à TRAFALGAR.

MOLITOR venait de remettre la Dalmatie à MARMONT, son successeur, qui, dès son arrivée, dans les premiers jours de juillet, s’occupa d’organiser son armée qu’il trouvait dans un état sanitaire déplorable, les décès atteignaient le chiffre de 250 par mois. Il s’en plaignit à l’Empereur “je dois cependant, disait-il, distinguer le 79e, qui mérite une exception”. La situation du régiment était en effet excellente, car le 24 juillet il comptait présent sous les armes 105 officiers et 2270 hommes.

Le 8 août, un décret de l’Empereur, en date du 11 juillet, prescrit de renvoyer dans l’intérieur du royaume d’Italie, à PADOUE, tous les 3e et 4e bataillons des régiments de Dalmatie, pour y être formés en brigades de dépôt. Le 15, on extrait des 3e et 4e bataillons les officiers, sous-officiers et caporaux nécessaires pour porter au complet tous les grades des deux bataillons de guerre, et on prend au dépôt tous les hommes instruits ou non instruits en état de faire un service actif. Enfin, le 8 septembre, les deux bataillons de guerre, forts de 62 officiers et 1787 hommes sont le 1er à MIKILICHI, le 2e à PIOLICZI, les 3e et 4 bataillons sont en route pour PADOUE, comprenant 12 officiers et 300 hommes.

Un dépôt vient d’être formé à CASTEL-VECCHIO pour y réunir les hommes sortant des hôpitaux.

COMBAT DE DEBELIBRIEG -30 septembre 1806

MARMONT qui était arrivé à RAGUSE le 30 juillet, apprit le 29 septembre que les russes, ayant reçu des renforts de CORFOU, se trouvaient en force à CASTEL-NUOVO.

Il laissa à RAGUSE les éclopés et partit avec 5000 hommes. Après une marche de nuit retardée par la pluie, les troupes françaises se trouvèrent au levé du jour à GRUDA, à peu de distance de DEBELIBRIEG, où l’on savait trouver les russes. Là, MARMONT, poursuivant des bandes de paysans, suivit le flanc des coteaux et tourna les positions fortifiées des russes.

Le 79e, formé en colonne serrée, fut porté en avant, mais gêné par de nombreux obstacles, en un instant, le régiment entier ne forma plus qu’une seule ligne de tirailleurs. Le Général en Chef s’en étant aperçu, s’y porta en personne, fit rallier le régiment et avancer en colonne le 23e et le 18e.

Le 79e fut porté et mis en bataille sur la hauteur la plus rapprochée; le 23e reçut l’ordre de déboucher dans la plaine en colonne serrée ; et le 79e, celui de protéger, par un feu de deux rangs bien soutenus, le mouvement offensif du 23e.

Les russes eurent au moins, dans cette affaire, 500 hommes blessés et 250 tués ; nous leur fîmes 200 prisonniers. Nous eûmes 25 tués et 130 blessés; la faiblesse de cette perte fut due à la vigueur de nos soldats et à la célérité de nos mouvements.

Le lendemain 1er octobre 1806, MARMONT se dirigeait par PRJEVOR, MOJDEZ et MOKRINE, vers le plateau de KAMENO, qui domine CASTEL-NUOVO du côté Nord.

Les hauteurs étant enlevées par les troupes d’élite et le 11e régiment, la colonne qui agissait par la vallée déboucha et arriva sur une ligne de 4000 russes rangés en bataille ; le 79e forme en colonne se précipite aussitôt sur cette ligne et l’ébranle. Le 23e arrive, le Général DELZONS à sa tête; le Général MARMONT lui fait prendre la droite, fait déployer le 79e en l’appuyant aux hauteurs de la gauche et, pendant que ce dernier régiment entretient un feu de mousqueterie très nourri avec l’ennemi, il ordonne au 23e de charger en colonne.

A CASTEL-NUOVO, dit le Colonel GODART, on se battit à la baïonnette avec un acharnement incroyable ; les officiers et soldats se tenaient au collet avec les russes. L’ennemi, bien supérieur en nombre, allait finir par écharper ou prendre mes deux bataillons, qui s’étaient lancés avec trop d’ardeur, lorsque le Colonel MIMAL, du 23e accourt à leur secours et, conjointement avec eux, culbute les russes. Bientôt nous nous emparâmes d’un second manchon et chassâmes de position en position l’ennemi, qui n’eut que le temps de s’embarquer.

Le Général en Chef adressa au Colonel des compliments sur le courage et la vigueur des admirables tirailleurs du 79e.

Au plus fort de la lutte corps à corps, le sous-lieutenant COURTOT, du 79e, fut blessé en s’emparant d’un drapeau russe.

ANNEES 1807-1808

Après la bataille, le 79e bivouaqua à VITAGLIONA, sur les hauteurs de CASTEL-NUOVO. Il partit de là vers le 10 octobre pour aller prendre ses quartiers d’hiver à VIEUX-RAGUSE; son effectif était alors de 63 officiers et 1708 hommes.

Le 20 juillet 1807, MARMONT fut informé que la paix était signée depuis le 8, à TILSTT, entre la France et la Russie, et que les bouches du CATTARD allaient être livrées aux troupes françaises.

LAURISTON y fit son entrée le 16 août à la tête de 2 bataillons du 23e, d’un bataillon du 79e, d’une compagnie et demie d’artillerie et d’un détachement du génie.

Le 26 septembre 1808, un bataillon du 79e à la tête duquel se trouvait le Général DEVIAU, fut chargé de protéger l’entrée dans OTTOWO de vivres et d’auxiliaires ; il y eut un combat contre les paysans et OMER-BEY ,un des frères d’HADJI-BEY, sultan du pays, y fut tué.

A la suite de cette action, le lieutenant ESPERANDIEU fut cité à l’ordre pour avoir été blessé d’un coup de feu à l’épaule, en défendant deux pièces de canon qui étaient environnées d’ennemis.

 
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