1797-1799 Corfou
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OCCUPATION ET DÉFENSE DE L’ÎLE DE CORFOU PAR LA 79e.

28 juin 1797 - 3 mars 1799

Quoique le traité de COMPO-FORMIO ne fut pas encore signé, aussitôt que l’armée d’Italie se fut emparée de tout le pays vénitien, le Général BONAPARTE fit venir à DALACOMO, près de VENISE, l’escadre de TOULON, commandée par le vice amiral BRUEYS. Le Général en Chef donna ensuite l’ordre au Général de division GENTILI et au Général de brigade la SALCETTE de se rendre à CORFOU pour prendre possession des fies et arrondissements continentaux de la mer IONIENNE. La Division du Levant, formée à cette occasion eut la composition suivante:

- Les 2e et 3e bataillons de la 79e demi-brigade

- La 34 demi-brigade de ligne cisalpine

- Les compagnies d’artillerie des 14 et 79e demi-brigade

- La 7e compagnie d’artillerie sédentaire

- Une escouade du 4e régiment d’artillerie à pied

- Une escouade du 6e bataillon de sapeurs.

Ces différentes troupes s’embarquèrent à MALA COMO le 8 juin 1797 et vinrent mouiller dans le port de CORFOU le 28 au matin.

Les deux premiers mois de l’occupation de CORFOU par la 79e se passèrent sans incidents graves. Le Colonel GODART sut se concilier l’amitié de tous en débarrassant le pays d’une bande de brigands qui le ravageaient depuis longtemps.

En novembre, le Général GENTILI, relevé de ses fonctions pour raison de santé, fut remplacé par le Général CHABOT qui amènera avec lui des troupes de renfort, dont le 1er bataillon de la 79e qui, détaché à AVIGNON au mois de février 1796, s’était ensuite rendu à ANCONE en passant par NICE. Après avoir été employé dans le duché d’URBIN, ce bataillon fut désigné pour aller à CORFOU avec la 6e demi-brigade de ligne, trois compagnies d’artillerie et une compagnie de sapeurs. Elles rejoignirent l’Île le 22 décembre 1797.

Le 20 février 1798, 550 hommes de la 6e demi-brigade furent embarqués sur l’escadre du vice-amiral BRUEYS afin de compléter les garnisons des vaisseaux; quelques jours après la 3e demi-brigade cisalpine partit pour ANCONE et le reste de la 6e demi-brigade fut réparti dans les autres îles et les quatre forts du continent.

Il ne restait plus à CORFOU que la 79e demi-brigade, commandée par le Chef de bataillon DUFOUR; (le Colonel GODART, malade, était parti à ARRAS dans sa famille) renforcé par l’artillerie et les Sapeurs.

COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS (septembre 1798)

L’île de PREVEZZA étant en butte aux projets hostiles d’ALI, pacha de JANINA, le Général CHABOT y fit construire des redoutes et ordonna le départ de CORFOU de quatre compagnies de la 79e qui furent réparties entre les postes de NICOPOLIS, de PREVEZZA, les îles de SAINTE-MAURE et de CEPHALONIE.

ALI menaçait de plus en plus ; un jour il écrivit à l’adjudant général ROZE, qui commandait à CORFOU en l’absence du Général CHABOT, en tournée dans les îles, pour l’inviter à se rendre au bourg de FILIATES où il désirait conférer avec lui. Plein de confiance dans l’amitié qu’ALI lui avait toujours témoignée, ROZE s’y rendit, mais, saisi et garroté, il fut jeté dans un cachot infect et obscur.

N’ayant pu obtenir de cet officier les renseignements qu’il désirait savoir sur nos positions à BUTRINTO et NICOPOLIS, ALI invita le 13 octobre le commandant du fort de BUTRINTO à se rendre au bourg de CALISPOLIS pour y traiter d’affaires intéressant la division. Sans méfiance, le commandant du fort ordonna à M. de STEIL, sous-lieutenant à la 79e, de se rendre au lieu indiqué ; en arrivant à CALISPOLIS, l’officier français fut retenu prisonnier et conduit à JANINA comme esclave. Après avoir été jeté dans un cachot et fort maltraité parce qu’il ne voulait pas donner au pacha les renseignements que ce dernier désirait connaître, le sous-lieutenant STEIL fut ramené à CORFOU et échangé le 20 décembre suivant.

Le 17 octobre, les turco-albanais s’emparèrent pendant la nuit de toutes les hauteurs qui environnaient le fort de BUTRINTO ; aussitôt informé de ce qui se passait, le général CHABOT envoya ~A. PETIT, chef de bataillon de la 79e, avec deux compagnies de grenadiers et un détachement de Sapeurs.

COMBAT DE BUTRINTO (18 octobre 1798)

Le lendemain, le commandant de ces troupes de renfort attaqua l’ennemi et réussit à la débusquer de ses positions ; mais une centaine de turcs s’étaient retranchés dans la vieille tour de JACCO, il fut impossible de les en chasser. Le chef de bataillon PETIT demanda du renfort avec du canon. Le Général CHABOT, désirant juger par lui même de l’importance de ce combat, lui accorda ce renfort et se rendit lui même sur place ; mais dans l’intervalle, l’ennemi s’était considérablement renforcé et, se rendant compte du petit nombre de nos soldats, il attaqua notre ligne avec furie dans la journée du 19. Obligés de céder au nombre et pour ne pas se laisser envelopper, les grenadiers de la 79e reculent lentement lorsque, tout à coup, on apercevait le Général CHABOT qui, entouré par les turcs, va être pris et massacré ; un peloton se précipita sur l’ennemi et ramène le Général sain et sauf. Le 20 au matin, CHABOT recommença l’attaque, mais malgré les prodiges de valeur des grenadiers, l’ennemi se battant aussi vaillamment que les nôtres, la position ne put être investie. La 79e avait fait des pertes sensibles et le Général CHABOT ordonna la retraite. Le 25 octobre, la place de CORFOU était déclarée en état de siège ; le fort de BUTRINTO avait dû être évacué et, quelques jours après, le Capitaine MILLET, de la 79e, arriva à CORFOU avec la garnison de l’île d’ITHAQUE.

COMBAT DU MANDUCCHIO

Le 2 novembre, 1200 rebelles prirent les armes contre nous, conduits par quelques nobles corsiotes partisans de la Russie. Aussitôt le Général CHABOT sortit de la place avec 800 hommes et une pièce de canon pour les chasser des hauteurs environnantes, mais ils résistèrent ; les grenadiers de la 79e les bousculèrent pourtant et brûlèrent les maisons dans lesquelles ils s’étaient retranchés.

Le même jour, un détachement de 15 hommes stationné au village de LEBENIZZE pour y surveiller la monture du grain fut entouré de plus de 150 grecs qui voulurent lui faire rendre les armes, mais ni le nombre, ni les menaces n’effrayèrent les quinze braves de la 79e. Le Sergent BESSON, qui les commandait, se fit remarquer par son sang froid et son éloquence martiale ; il engagea le feu et en imposa si bien aux grecs par son attitude et sa résolution qu’ils n’osèrent fondre sur lui et lui ouvrirent un passage. il eut la gloire de rentrer à CORFOU sans avoir perdu un seul homme.

BLOCUS DE CORFOU (4 novembre 1798)

Le 4 novembre dans l’après-midi, on signala six gros bâtiments de guerre ; le lendemain, quatre d’entre eux, dont un vaisseau russe, une frégate russe et deux caravelles turques, vinrent se placer en avant de l’ile de la PAIX où ils mouillèrent, les deux autres bâtiments s’étaient placés vis-à-vis du village de LEBENIZZE.

A 3 h GO de l’après-midi, le Vice-Amiral russe OUCHAKOW fit sommer le Général CHABOT de rendre CORFOU.

Le Général répondit qu’une place aussi importante que CORFOU ne pouvait se rendre sans avoir été méritée. La garnison comprenait alors 1 800 hommes.

Le 25 novembre au matin, les russes se portèrent sur le mont OLIVETTE, soutenu par de l’artillerie et par une forte troupe d’insulaires, ils firent feu pendant une partie de la journée sur plusieurs de nos bâtiments mouillés au bas du fort NEUF.

Le lendemain, avant le jour, le Général fit sortir 300 hommes d’infanterie et une pièce de canon de bataille, pour chasser l’ennemi du mont OLIVETTE ; cette sortie était commandée par le Capitaine GROUVEL, son aide de camp.

Malgré une habile manoeuvre cette sortie échoua et ils durent battre en retraite. Dans la nuit suivante, les russes établirent sur le mont OLIVETTE une batterie de gros canons et obusiers et construisirent des retranchements pour se mettre à l’abri d’une nouvelle attaque.

Le 27 novembre au matin, ils ouvrirent un feu très vif et bombardèrent les forts NEUF et ABRAMAR ainsi que la ville de CORFOU ; le lendemain, une autre batterie russe fut établie près du couvent de ST PANTALEON sur les hauteurs de CASTRATI.

Le 1er décembre 600 hommes de la 79e et 2 bouches à feu, reçurent l’ordre d’attaquer cette batterie. Le succès fut complet, et après une courte fusillade le sous lieutenant NAZAL, les sergents BESSON et ANCELET, le caporal LAMASSE, sautèrent tous les quatre ensemble dans la batterie et s’emparèrent d’un drapeau, de 17 russes dont un officier et de trois bouches à feu.

On prit également quelques boeufs ou chevaux et 200 moutons qui furent d’une grande utilité pour nos soldats malades.

Le Général CHABOT, voulant profiter de l’ardeur des troupes, ordonna au chef de bataillon TREBOUTE de s’emparer de la batterie du mont OLIVETTE.

Une attaque prématurée de l’avant garde compromit tout et nous enleva le bénéfice de la surprise. L’attaque devint meurtrière ; les batteries russes tirant à mitraille nous tuèrent plusieurs braves dont la marche glorieuse ne fit qu’exalter le courage des autres soldats de la 79e. Ceux-ci franchirent bientôt la cime du mont et grimpèrent par les embrasures de la batterie d’où les ennemis faisaient voler sur eux une grêle de balles. Déjà les russes enclouaient leurs bouches à feu et se disposaient à évacuer le plateau lorsque des renforts leur arrivèrent et le chef de bataillon TREBOUTE dut ordonner la retraite.

Les troupes rentrèrent à CORFOU à 4 h 00 de l’après-midi; cette affaire glorieuse coûta 60 hommes à la 79e demi-brigade.

Le 14 décembre, la compagnie de partisans du Capitaine MAFFRAND fait une sortie dans laquelle elle s’empare d’un drapeau albanais.

Le 3 janvier 1799, nouvelle sortie de 500 hommes et 2 bouches à feu, dans laquelle la 79e prend encore un drapeau aux turco-albanais.

Le 10 février au matin, 600 hommes de la 79e et 3 bouches à feu repoussent les turco-albanais jusque sur les hauteurs de SAINT PANTALEON mais, trop peu nombreux, ils ne peuvent aller plus loin et sont obligés de battre en retraite pendant laquelle le grenadier CALMIN eut la gloire de tuer le BOUYOUK-BACHI, ou capitaine, commandant les turcs.

Le 2 mars à 8 h 00 du matin, les russes et les turcs attaquèrent de toute part l’île de la PAIX et s’en emparèrent après une canonnade épouvantable : le Capitaine LACROIX fut massacré dès le début de l’action ; un certain nombre de soldats français ayant vu les albanais couper la tête à des prisonniers et voulant échapper à ce triste sort se jetèrent à la mer où plusieurs périrent.

Les russes, également révoltés par les actes barbares que leurs alliés commettaient devant eux, se formèrent en bataillon carré au milieu de l’île et tous les français qui purent s’y réfugier furent sauvés ; la plupart furent impitoyablement massacrés par les turco-albanais et leurs têtes portées à CADIR-BEY, Vice Amiral turc. Des officiers, des soldats et des matelots russes sauvèrent la vie à plusieurs soldats de la 79e en les rachetant aux turcs.

Ce désastre nous enleva près de 600 hommes.

Pendant que les cinq compagnies du 2e bataillon qui occupait l’île de la PAIX succombaient sous l’attaque irrésistible des russes et des turcs, le fort SAINT SAUVEUR subissait un terrible assaut. Elevé sur une hauteur très voisine de CORFOU, commandant la ville entière et sa rade, ce point important était considéré comme la clef de la position; c’est en vain que 300 russes et 6000 albanais donnèrent plusieurs assauts, ils furent chaque fois repoussés avec une incomparable énergie laissant, en battant en retraite, les fossés du fort remplis de leurs morts et de leurs blessés.

La garnison peu nombreuse, 200 hommes sous le commandement du chef de bataillon DUFOUR, les tient en échec jusqu’à la nuit ; mais, pour ne pas compromettre la sûreté d’une centaine de combattants qui occupaient les ruines du fort SAINT SAUVEUR le Général CHABOT ordonna son évacuation durant la nuit après avoir mis l’artillerie hors d’état de servir. Nombreux furent les actes de bravoure individuelle dans cette affaire. Le Commandant DUFOUR signalait les braves au Général CHABOT: le Capitaine MAFFRAND, le Capitaine Quartier-Maître Trésorier LANDRAGUIN, le Sous-Lieutenant CHOQUET, le Sergent-Major PALANCHON, les Sergents FAYOLLE et GOUDEMAN? les Caporaux DELACOUDRE et RASSEPAIL, le Grenadier CALMIN.

Le 2 mars 1799 au matin, le Général CHABOT envoya son aide de camp GROUVEL auprès du Vice-Amiral OUCHAKOW pour proposer une suspension d’armes de 48 h qui fut acceptée.

La capitulation de CORFOU fut ensuite rédigée dans les trois langues ; française, russe et grecque. Cette capitulation accorda les honneurs militaires et le rapatriement à TOULON.

Le 5 mars, à midi, la garnison défila tambours battants, drapeaux déployés, devant les troupes russes et déposa les armes.

La place de CORFOU avait résisté héroïquement pendant 6 mois aux efforts combinés des russes et des turco-albanais ; l’effectif des troupes valides, tant dans la place que dans les forts, ne s’élevait pas à plus de 800 hommes épuisés et fatigués.

Conformément à la capitulation signée le 3 mars 1799, la garnison fut transportée par la flotte ennemie sur les côtes de France.

Le 16 avril, deux bâtiments russes débarquèrent 600 hommes à SAINT TROPEZ ; à la fin du même mois, une corvette et un brick amenèrent d’autres hommes de la 79e à LIVOURNE et à ANCONE avec le Général CHABOT.

A peine débarquées, 3 compagnies, sous les ordres du Général ROGUET, furent envoyées dans la rivière du PONENT pour combattre les Barbets (brigands) ; elles y restèrent trois mois et rejoignirent le reste de la 79e que son Chef GODART était en train de réorganiser à LYON.

La demi brigade quitta bientôt cette ville pour aller à PARIS où elle arriva le 7 août.
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